Ne cherchez plus Dan Woodger, nous l’avons trouvé ! Et ça n’a pas été simple de le repérer au milieu de cette foule incroyablement dense. L’art de Dan est d’emboîter ensemble différentes scènes de vie pour ne former qu’un tout. Comme s’il souhaitait nous raconter le monde entier en une seule image. Très inspirée de l’univers graphique des Simpson, colorée comme le sont les Dragibus®, l’illustration de Dan nous offre l’occasion de ne jamais grandir et de continuer à s’émerveiller de tout.

À quoi ressemble ton parcours ? Comment t’es-tu lancé dans l’illustration ?

J’ai grandi dans une petite ville du sud de l’Angleterre. J’ai eu une enfance heureuse, mais pas vraiment de contact avec le monde créatif. Ado, j’avais un job à mi-temps dans un club de golf et pendant un moment, j’ai cru que ça finirait par être mon boulot. Mais le dessin était la seule chose pour laquelle j’étais doué. À la fin du lycée, j’ai décidé de faire la classe prépa d’illustration que proposait mon école. C’était juste un an, gratuit… j’ai tenté.
Il y a une image de Bilbon Sacquet (dans « Le Hobbit : Un Voyage Inattendu ») qui dévale un sentier avec une carte dans les mains…c’est moi quand j’ai découvert cette prépa, et que j’ai compris que je pouvais en faire mon métier. C’est ce que j’ai toujours rêvé de faire. J’ai commencé à 19 ans et c’est ma 10ème année en free. Le chemin est plutôt droit depuis !

Sur quels projets as-tu préféré travailler dernièrement ?

Comme pour tout le monde, j’étais inquiet quand la pandémie a frappé. Mais j’ai eu de la chance, 3 ou 4 de mes projets préférés sont tombés à cette période. J’ai fait ma première pub TV au Royaume-Uni, un spot de 13 secondes pour Lifebuoy, une marque de désinfectant. Ça m’a fait quelque chose, parce que grâce à ce projet, mes grands-parents ont enfin compris ce que je faisais en voyant la pub à la télé.

Dan Woodger – Lifebuoy hand sanitizer commercial

Et puis, il y a eu une campagne pour Minute Maid Taiwan. J’ai reçu le brief le jour de mon anniversaire ! Il y a 5 ans, j’avais aussi bossé avec une marque de boissons, mais je n’avais pas réussi à garder mon intégrité créative et je n’étais pas du tout satisfait du résultat. Avec Minute Maid, j’ai appris de mes erreurs et je suis resté maître du projet. Je ne comprends pas le mandarin, donc je ne sais pas vraiment ce qu’ils racontent, mais si tu cherches #Danwoodger sur Instagram, il y a une centaine de posts d’influenceurs taïwanais qui se la coulent douce avec cette bouteille.

Dan Woodger pour Minute Maid Taiwan

Le projet que j’ai vraiment préféré dernièrement, c’était avec MTV. Ça peut paraître bizarre, mais à l’époque, j’avais fait ma thèse sur MTV. Je trouve ça fou, la façon dont ils ont révolutionné l’industrie de la musique dans les années 80. En gros, le brief disait « fais ce que tu veux ». J’avais une liberté de création totale, et puis j’ai toujours rêvé de travailler avec MTV. Le projet est tombé en avril 2020, au tout début de la pandémie, et j’y ai mis tout ce que je ressentais. Les couleurs des années 80, qui m’inspirent beaucoup, mon amour des dinosaures, de la tristesse parce que j’en ressentais, mais tout en gardant de l’humour, ce que j’essaie de faire dans tout mon travail.

Quel est ton procédé pour créer des mondes complexes et des scènes de foule, comme tu as fait pour Two Dots, McDonalds, Will Smith et bien d’autres ?

J’ai toujours une image très claire en tête au début, le tout est de la mettre sur papier le plus vite possible. Il y a toujours un message à faire passer dans ces images, et il doit être soit immédiatement reconnaissable, soit caché pour qu’on le cherche. Il faut déterminer le point focal dès le début, puis déterminer à quels endroits on fait référence au thème. Par exemple, l’illustration pour Will Smith devait représenter Cuba, donc j’ai mis des palmiers, des façades d’immeubles avec le drapeau cubain, des musiciens de rue, et je les ai positionné de manière à ce qu’ils ne soient pas concentrés au même endroit mais bien répartis de manière à attirer l’œil autour de l’image. J’ajoute ensuite des détails supplémentaires, pour rendre l’image aussi détaillée et vivante que possible. J’essaie aussi d’inclure beaucoup de références. J’aime l’idée qu’il peut y avoir différents niveaux de lecture, et que l’on peut voir quelque chose pour la première fois et en comprendre davantage la suivante. Nos références culturelles s’enrichissent au fil du temps. Un jour, vous regardez un film des années 80 et tout à coup, vous vous dites « oh ! c’est de ça dont elle parlait, cette affiche dans les Simpsons ! ».

Dan Woodger – Contenu social media créé pour Will Smith (en cours)
Dan Woodger – Contenu social media créé pour Will Smith

Je vis pour ces projets. Mais ils me mettent aussi beaucoup la pression, parce qu’ils n’arrivent jamais sans deadlines. (rires) C’est beaucoup de travail d’arriver à ce niveau de détail. J’essaie de rappeler mes clients que Martin Handford, celui qui dessinait Where’s Wally?, mettait 6 mois à faire un dessin. Alors oui, ils étaient dessinés à la main, mais quand-même. Et quand les marques te répondent « Oui, je comprends, mais est-ce qu’on peut l’avoir pour dans 3 semaines ? », c’est un peu compliqué. Mais je relève le défi. Cette pression fait ressortir le meilleur de moi-même.

Dan Woodger – Une partie de la map créée pour le jeu mobile Two Dots

 

Comment c’est, de travailler avec des grandes marques comme McDonalds, Apple, Netflix ou Samsung ? Quelles qualités sont nécessaires pour collaborer avec des marques établies ?

Je les vois comme un canevas géant. C’est un bon moyen de me faire connaître. Quand je collabore avec une de ces marques, j’essaie de garder à l’esprit que je suis un artiste à part entière et qu’elles viennent vers moi parce qu’elles aiment mon travail. Je ne peux pas ignorer qu’ils ont un produit à vendre, mais j’essaie d’en faire un échange mutuel, plutôt que de les laisser être trop directifs au point de ne plus aimer ce que je fais. Parfois, il y a des réglages à faire, par exemple des couleurs de marque qui ne correspondent pas à mon style. Mais généralement, il y a toujours un bon DA avec qui je peux communiquer et trouver le juste milieu.

Dan Woodger – illustration de plateau pour McDonalds Japan

De quoi parlent tes dessins ?

J’essaie de parler d’actualité, mais j’aime surtout dessiner des choses joyeuses et positives parce que je pense qu’on en a vraiment besoin. Il y a plein de vrais problèmes effrayants à résoudre, mais je vois mes illustrations comme une sorte d’oasis. Je m’amuse beaucoup quand je dessine, et c’est ce que j’essaie de transmettre. Si j’arrive à te faire sourire, alors j’ai bien fait mon travail.

Dan Woodger – illustration sur le thème du Superbowl pour l’App Store

 

Quelle est la chose la plus drôle que tu aies dessinée ? 

Une part de pizza qui traîne avec Snoop Dogg dans un jaccuzzi, je dirais. C’était dans une pub pour Just Eat.

 

Quelle est ta plus grande force ? 

Je travaille dur et je traite chaque projet de la même façon. Que ce soit pour une grande entreprise ou une petite startup, j’essaie de tout aborder avec le même enthousiasme et je donne à chaque projet autant d’amour et d’attention que possible.

Il y a quelques années, tu disais que tu sentais ta carrière prendre le tournant de l’animation et que tu développais tes compétences en la matière. Où en es-tu en animation, aujourd’hui ?

Ça se passe bien ! Je me dis que mes personnages ont déjà beaucoup de personnalité rien qu’en étant immobiles. Les mettre en mouvement était la suite logique. Et encore une fois, j’ai eu de la chance. Avec la pandémie, les gens se sont tournés vers l’animation, parce que c’est plus facile à faire que de réunir des gens pour filmer des choses, et j’en ai profité. J’aime aussi beaucoup la réalisation, réunir des personnes talentueuses pour créer une vision. C’est enrichissant de travailler avec d’autres personnes, et je m’en suis rendu compte assez tard. En tant qu’illustrateur indépendant, j’étais très centré sur moi-même. Ces dernières années, en faisant de l’animation, j’ai découvert que travailler avec d’autres personnes peut vraiment élever les choses.

Dan Woodger – Illustration éditoriale pour le magazine GQ

 

Quels sont les bons et les mauvais côtés du freelancing ?

Le pire ? Je dirais les deadlines serrés et la pression qui va avec. Mais j’essaie de relativiser. Au bout du compte, on ne fait que vendre des produits. Le monde ne s’arrêtera pas de tourner si on ne réalise pas un projet. Parfois, tu donnes tout pour respecter la deadline, et le client te dit, « vous pourriez améliorer ça pour dans une semaine ? » Ah, donc la deadline était amovible ! Enfin, je suis bon pour délivrer à temps, mais j’essaie de ne pas trop m’inquiéter. Je n’aurais pas dit ça il y a 10 ans. Mais j’ai compris avec l’expérience que c’est aussi important de bien manger et de bien dormir.

Le mieux, c’est d’être toujours en alerte et ne jamais savoir ce qui va atterrir dans ta boîte mail. J’ai l’impression d’être une feuille qui se fait porter par le vent… C’est ce qui rend ce métier palpitant.

Dan Woodger – Illustration éditoriale pour le magazine GQ

 

Peux-tu nous partager quelques artistes que tu admires ?

Ryan Chapman est l’un de mes préférés. Je le connais un peu, mais je ne l’ai pas vu depuis des années. Son travail est si soigné et drôle, son utilisation des couleurs tellement équilibrée. Et c’est quelqu’un de vraiment humble. Sinon, il y a plein d’artistes que j’adore… Des gens comme Kelly Ana. C’est puissant et assuré, ce qu’elle fait. Il y a aussi Aries Moross, Raj Dhunna, Sharm Murugiah

 


Dan Woodger est un illustrateur anglais représenté par Creasenso.