De l’Australie au Japon en passant par le Canada, Brolga nous retrace son parcours créatif et nous parle de ses personnages bizarroïdes. 

 

D’où viens-tu ? 

De Darwin, tout au nord de l’Australie. Climat tropical, des tas de crocodiles et de serpents… Darwin, c’est pile l’idée que tout le monde se fait de l’Australie.

Comment décrirais-tu ton style ? Comment l’as-tu développé ? Que penses-tu que les gens ressentent en regardant ton travail ?

Je ne saurais pas trop comment le décrire… Des illustrations hautes en couleurs centrées sur les personnages, je suppose ! À vrai dire, je ne dessine pas vraiment en pensant aux autres… Je le fais pour moi.  Au début de mes études d’illustration, mon style était plus brut, j’ai passé du temps à l’affiner. Aujourd’hui, il est plus espacé, une nette progression s’est produite. Ce qui n’a jamais changé, c’est que j’ai toujours dessiné des personnages. Quand j’étais plus jeune, j’étais à fond dans le sport, donc je dessinais des joueurs de cricket. Puis je me suis mis à beaucoup aimer la musique, alors je dessinais des groupes sur scène en plein concert. Au fil du temps, j’ai cherché à inventer des personnages que je n’avais jamais vus auparavant, avec des formes et des attributs un peu bizarres.

La beauté de ce travail, c’est que chaque projet a de nouveaux paramètres.

Jungle Fever, par Brolga

 

Qui sont ces grands bonhommes que tu dessines ? Quelle est l’histoire derrière ton illustration Bangkok Running Man ? Et The Embrace ?

Je me suis retrouvé à tuer le temps seul à Bangkok pendant un voyage au Bhoutan en 2016. J’ai sauté dans un tuk tuk et j’ai fait le tour de la ville pour prendre des photos et regarder les murales. J’ai un faible pour la signalétique, et Bangkok est parfaite pour ça : partout où tu regardes, il y a une signalétique folle, sous toutes ses coutures : en néons, à la main… le Bangkok Running Man est apparu dans ma tête pendant cette échappée. Je l’ai vu comme ça, en pleine course, traversé par tous ces panneaux que je voyais dans la rue. Des personnages que j’ai inventés, il est l’un de mes préférés. J’aime bien l’idée de pouvoir le remplir avec tout ce que je ressens, de pouvoir exprimer ma philosophie ou n’importe quoi d’autre à travers les couleurs et les symboles qui le parcourent. Grâce au collage, je peux exprimer beaucoup plus que ce qui se passe à travers les expressions faciales ou le langage corporel de mes personnages.

 

Bangkok running man, par Brolga

 

Brolga – The Embrace

Street art, murales géantes, photomontage et collage numérique, dessin à la main… Tu t’es essayé à des supports et des textures très variés. Sur quel type de projet préfères-tu travailler ? 

La beauté de ce travail, c’est que chaque projet a de nouveaux paramètres. On ne s’ennuie jamais. J’adore peindre des murales, mais parfois j’en ai marre parce que c’est très physique. Dans ces moments-là, je retourne derrière mon ordinateur, et de temps à autres on me demande de peindre des chaussures. J’aimerais bien pouvoir tout essayer. En ce moment, je suis très branché aérographie… et tapis. Depuis que Troublemaker a fait de mon Bangkok running man un tapis, j’ai vraiment envie de me mettre à tisser mes propres tapis.

 

 Projet de Dr. Martens customisées – par Brolga

 

Elvis Pizza – par Brolga

 

Comment les villes dans lesquelles tu as vécu t’ont-elles inspiré ? T’ont-elles chacune donné un élan créatif particulier ?

Galway en Irlande, Whistler près de Vancouver au Canada, Tokyo, un peu partout en Australie… J’ai vécu dans tous ces endroits avant de me lancer dans l’illustration, à l’époque où ce n’était qu’un rêve que je n’aurais pas cru réaliser. Puis un jour j’ai déménagé à Brooklyn, commencé une école d’art et c’est là que j’ai commencé à décorer les rues de mon quartier avec mes personnages. J’y voyais une forme d’art anonyme où l’on peut être aussi créatif qu’on veut, sans avoir à répondre à quoi que ce soit… Et je passais mon temps au Whitney museum, au MoMa et plein d’autres musées géniaux. C’est New York qui a tout déclenché pour moi.

 

New York collage – par Brolga

 

À quoi ressemble ton environnement de travail ?

Je viens de déménager, et maintenant j’ai un studio externe dans lequel je travaille. Je viens de commencer à l’aménager – pour l’instant, c’est juste un bureau dans un coin. C’est un peu triste… Mais je vais le rendre plus sympa. Au moins, j’ai beaucoup d’espace, donc je peux m’étaler et mettre le bazar. Le fait de pouvoir mettre le bazar ou non déteint forcément sur ce que tu produis.

 

Studio Life – par Brolga

 

Qu’est-ce que tu écoutes en travaillant ? Tu nous partages un ou deux morceaux ?

J’écoute beaucoup de podcasts. Il y a un gars qui s’appelle Mysterious Al, c’est un street artiste qui vient de Melbourne. Il vient de lancer son podcast Hustling 101. Je vais bientôt peindre un mur avec lui à Melbourne, j’ai vraiment hâte. J’écoute aussi le podcast Broken record du producteur de musique Rick Ruben et de l’écrivain Malcolm Gladwell, où ils interviewent des artistes musicaux. Il y a aussi WTF with Marc Maron, un comédien américain qui réalise toutes sortes d’interviews. J’écoute aussi beaucoup de musique. Le groupe français Air, c’est mes préférés. J’adore ces gars-là, ils sont géniaux. Quand je travaille, j’écoute ça ou quelque chose qui y ressemble. Ils ont fait quelques chansons sur Paris… dont une qui s’appelle Left Bank. Tu devrais l’écouter.

 

Tu as l’air d’être un véritable baroudeur urbain. Comment le confinement a-t-il affecté ton inspiration ?

Je suis devenu un peu fou, honnêtement … D’habitude, je passe une partie de l’année à voyager et l’autre à organiser mes voyages et les attendre avec impatience.  En ce moment, au lieu de voyager, j’explore davantage l’Australie. Mais quand on a l’habitude de vivre dans une ville, à un moment donné, nos sens se bloquent et on a l’impression d’avoir tout vécu… Alors qu’à chaque fois que je visite une nouvelle ville, j’ai l’impression de tout absorber, ne serait-ce qu’en regardant les panneaux et la signalisation. En voyage, le simple fait de remarquer de nouvelles choses que je n’ai pas l’habitude de voir est une grande source d’inspiration. Ça a été difficile de ne plus avoir cela. Pour tenir le coup, je me suis plongé dans le travail.

 

Ton prochain projet ?

Je fais une pause en ce moment, j’ai dit non à beaucoup de choses. Mais il y a des choses que je rêve de faire. J’écris un livre pour enfant, en ce moment. L’histoire d’une ville et de tout son petit monde de personnages déjantés. Écrire, ça n’a rien à voir avec dessiner. Je m’amuse beaucoup.
Je suis aussi en train de réaliser des personnages en sculpture géante pour l’Openfile exhibition à Shanghai. C’est un sacré challenge, je pense continuer à explorer cet aspect de mon travail dans le futur !

 

Un artiste ou un projet qui t’inspire ?

J’ai découvert beaucoup d’artistes au Whitney museum quand j’habitais à New York. Stuart Davis est l’un de ceux qui m’a le plus impressionné. Son travail est formidable. Aujourd’hui, on retrouve un peu de lui chez de nombreux autres artistes, je pense qu’il a influencé beaucoup d’illustrateurs. J’adore aussi le travail de Fernand Léger.

 

Un produit ou un design prometteur ?

J’ai acheté une tondeuse à gazon récemment. Je n’aurais jamais cru avoir à acheter ça un jour. Il n’y a pas besoin d’essence, elle fonctionne avec une batterie, mais du coup, il faut la brancher. J’ai dû tondre ma pelouse avec un cordon d’alimentation branché quelque part qui traînait derrière moi. Mais ça, c’est plutôt un design que je trouve nul… Complètement hors sujet, non ?  

 

Une technologie ou innovation magique ?

Les smartphones sont assez dingues. Les avions aussi.


Brolga est un illustrateur australien représentée par Creasenso.