Nîmes s’illustre, le nouveau rendez-vous de l’illustration !

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Cet été, du premier au 24 juillet, s’est tenue la 2e édition du festival Nîmes s’illustre, festival exclusivement dédié à l’illustration. Au programme, cinq grandes expositions disséminées à travers la ville de Nîmes, des expositions satellites, des événements, et surtout, une belle synergie créée entre les acteurs du milieu de l’illustration. Artistes, agents, galeristes et amateurs se sont retrouvés dans la Rome française pour célébrer le milieu de l’illustration (et le début de l’été).

L’animal et le vivant, la thématique de l’édition 2022

Des expositions pour découvrir l’illustration et la ville de Nîmes

Cette année, Nîmes s’illustre a choisi “l’animal et le vivant” pour sa thématique. Cette ligne directrice a donné lieu à cinq grandes expositions explorant le thème avec une grande diversité. Organisées dans différents lieux emblématiques, les expositions nous entraînent dans une flânerie attentive de Nîmes, ce qui n’est pas sans ravir la région, le département et la ville, ainsi que de nombreuses enseignes locales, tous partenaires de cette édition.

MICRO-MACRO COSMOS au Musée du Vieux Nîmes

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Dans le Musée du Vieux Nîmes, l’exposition “Micro Macro” a ouvert le bal avec une visite en avant-première jeudi 30 juin. À quelques salles des antiquités du musée, l’exposition présente le travail de deux artistes et un collectif qui jouent des échelles et mettent à l’honneur le dessin traditionnel ainsi que sa capacité à nous emmener dans des univers oniriques. L’illustratrice Lucille Clerc propose une déambulation au sein de son univers inspiré du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling. À travers de larges toiles suspendues, les visiteurs sont invités à contempler les grandes illustrations minutieusement détaillées. Aux antipodes de notre consommation boulimique contemporaine de l’image, le travail d’orfèvre de Lucille Clerc génère un autre rapport au temps. La contemplation est également de mise face aux travaux du second artiste exposé, Raoul Deleo. Dans la série Terra Ultima, l’illustrateur nous ouvre les portes d’un monde encore inconnu des humains, où coexistent des créatures hybrides – gorille phoque, tortue méduse ou encore lapin libellule – au réalisme fantaisiste. La saisissante finesse du stylo et de l’encre témoigne de l’approche quasi-scientifique d’un amoureux de la fiction et de la nature. Enfin, le collectif Ensaders offre un regard humoristique à l’exposition. Leurs illustrations, réalisées à quatre mains, bouillonnent de petits dessins aux détails impertinents, nous rappelant avec acidité nos contradictions face au vivant.

WAOUF ! L’EXPOSITION DE NICHE au Lavoir du Puits Couchoux

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Dans le lavoir du Puits Couchoux, lieu emblématique de Nîmes, “Waouf ! L’exposition de niche”, a sans doute le parti-pris le plus… original ! Cette exposition pensée pour les chiens et leurs maîtres célèbre l’animal domestique le plus dévoué ! Autour d’une piscine de jouets canins, une niche et quelques passe-têtes à hauteur de museau, sont exposées les illustrations de Tiffany Cooper, Georges, Moment Series et Quentin Schwab. Si l’on ressent bien l’humour et l’énergie des artistes et des scénographes, les œuvres flottent au milieu de ce lieu immense. On redemanderait volontiers davantage d’illustrations colorées et ludiques pour pousser l’idée jusqu’à son maximum ! 

BIOLUMINESCENCE MEXICAINE à l’Hôtel Dieu

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Cette année, Nîmes s’illustre est en collaboration avec le Gran Salon Mexico, salon d’illustration de la capitale mexicaine. De cette rencontre est née l’exposition bioluminescence, dans laquelle cinq illustratrices mexicaines exposent chacune une série sur ce phénomène naturel observable sur les littoraux de leur pays. La bioluminescence est une manifestation biochimique, qui permet à des bactéries, des crustacés, des mollusques ou des méduses de produire de la lumière. On note encore une fois, l’audace de la scénographie prise en charge (pour l’ensemble du festival) par l’Atelier 1:1. Ici, les visiteurs surplombent ces petits êtres lumineux : les illustrations sont contrecollées sur du bois et surélevées par un jeu de bas échafaudages. La scénographie nous invite à méditer sur nos systèmes de domination du vivant, et notre responsabilité dans son extinction.

LES FABLES DE GÉRARD LATTIER à la Galerie Courbet

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OVNI de la programmation, la quatrième exposition est consacrée à l’artiste nîmois Gérard Lattier. Avec un style brut qui n’est pas sans nous rappeler le burlesque médiéval, Gérard Lattier nous conte ses fables, qu’il écrit et peint lui-même. Cette exposition patrimoniale est un hommage à l’artiste de 90 ans qui se définit atypique, “comme un ornithorynque ». Gérard Lattier a dédié sa carrière aux êtres et aux mystères de la nature, fantaisistes ou bien réels. Longtemps boudé par les institutions de l’art contemporain, ce faiseur-montreur-conteur d’images est enfin célébré avec beaucoup de tendresse dans cette exposition à la Galerie Courbet.

CRÉATURES HYBRIDES à la Maison du Protestantisme

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Enfin, l’exposition créatures hybrides, exposition centrale du festival, regroupe un large éventail des illustrateurs et des illustratrices du moment, qui se partagent toutes les campagnes de pub et couvertures de magazine actuelles. Et pour cause, cette exposition a été pensée avec les Agents Associés, communauté et syndicat d’agents d’artistes. Chaque agence a pu proposer quatre illustrateurs et illustratrices. À la manière de linges dans une cour italienne, les illustrations ont été imprimées sur du tissu, volant au gré du vent qui s’engouffre dans la cour de la Maison du protestantisme. Les artistes ont eu carte blanche pour explorer le thème des créatures hybrides, entre fiction et anticipation.

David Vanadia a, par exemple, proposé un dessin minimaliste où la silhouette d’un chat semble avoir l’aura d’un humain. On retrouve cette dualité homme / animal, dans un duo complice entre un homme barbu et son singe domestique dans l’illustration vectorielle de Jérôme Masi. Victoria Roussel, quant à elle, explore la fiction et représente une héroïne qui semble à la croisée entre Arrietty, le petit monde des chapardeurs, de Hiromasa Yonebayashi et la Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki. 

Alice Des, La Promenade (2022), gouache, 56x76cm

Enfin, certains artistes ont choisi de produire une œuvre originale. C’est le cas d’Alice Des, avec une magnifique gouache qui présente une réjouissante vision du futur où d’élégantes fashionistas promènent de drôles de créatures en laisse.

Nîmes s’illustre, un rendez-vous pour la profession

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Au-delà de la proposition et du point de vue artistique, le festival Nîmes s’illustre est aussi un événement fédérateur pour le monde professionnel de l’illustration. Si Arles est à la photographie et Annecy à l’animation, Nîmes est désormais à l’illustration ! Malgré son jeune âge, le festival remporte le pari d’être un événement incontournable pour le milieu.

Mettre en lumière l’illustration, la mission du festival

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Célébrer la diversité des arts graphiques illustrés, voilà la mission du festival. “Qu’elle soit poétique, didactique, impertinente ou dérangeante, l’illustration est une force créatrice aux multiples visages qui s’exprime avec de nombreux langages” nous rappelle le manifeste de l’association. Et pour ce faire, la direction artistique a décidé de varier les profils exposés, des figures confirmées aux artistes émergents et émergentes.

Tout un pan de la programmation est également dédié à des événements professionnels pour permettre une plus grande réflexion sur les enjeux du moment.

Podcast, marché et conférence : une réflexion sur l’illustration d’aujourd’hui

Photo © Creasenso

Le festival a pu compter une fois de plus sur l’enregistrement live d’un épisode de Sens Créatif, le podcast de Jérémie Claeys et Laurent Bazart, qui fait référence dans la profession. Sens Créatif est une émission d’interviews d’artistes, qui questionne les thématiques de la carrière, du collectif, ou encore de la dualité bien-être et créativité. La communauté très engagée du podcast (appelée Patate Club), principalement composée d’illustrateurs et d’illustratrices, est venue renforcer les rangs des festivaliers.

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Parmi eux, certains ont également exposé au marché de l’édition indépendante de l’événement. Sur une place malheureusement peu passante, le marché n’a pas fait grande sensation. Néanmoins, sa présence montre l’importance de l’échange avec le grand public pour les illustrateurs et les illustratrices. Les boutiques en ligne et les marchés d’illustrations sont de plus en plus centraux dans l’économie des artistes, et il était primordial pour le festival d’illustration d’intégrer cette dynamique à sa programmation.

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Quelques autres événements professionnels peuvent être cités. Comme par exemple les rencontres professionnelles, sorte de speed dating entre professionnels (acheteur d’arts, agent, chargé de communication) et jeunes illustrateurs novices, ou encore la conférence d’Aurélien Jeanney sur la réalité virtuelle et son parcours “Urbanimal” déployé dans la ville le temps du festival.

Le off de Nîmes s’illustre, la force de l’événementiel

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Mais la véritable force de l’événement a aussi été de réunir une grande partie des acteurs et des actrices dans un même lieu : Nîmes.

A l’heure où de nombreuses problématiques bousculent l’écosystème de l’illustration, il manquait un espace de rencontre et d’échange pour affirmer la force et la solidarité de sa communauté. Avec des soirées professionnelles, un DJ set, des dîners informels, Margot Arrault, Victoria Vingtdeux et Sarah Dubois, les co-organisatrices du festival, relèvent haut la main le défi de créer des synergies et de la cohésion entre artistes et professionnels du milieu. Opportunités, collaborations ou même amitiés naissent de cette pause estivale ; permettant à chacun de sortir de la routine et de faire le point sur les tendances et les dynamiques de cette industrie.

Photo © Alice Des

L’équipe de Creasenso est repartie du weekend d’ouverture de l’édition 2022 de Nîmes s’Illustre avec le sentiment d’avoir vécu un moment rare, une parenthèse créative riche et enivrante, une communion intense et bienveillante entre passionnés de l’illustration. Quelle meilleure manière de démarrer la saison estivale !

Rendez-vous l’année prochaine !

Texte par Chloé Andrianarisoa.