Puzzzle https://www.creasenso.com/static/wp Le magazine de ceux qui aiment créer des jolies choses Mon, 10 Oct 2022 16:32:06 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.6 https://www.creasenso.com/static/wp/wp-content/uploads/2020/11/cropped-Puzzzle-favicon-32x32.png Puzzzle https://www.creasenso.com/static/wp 32 32 Rencontre avec Molistudio https://www.creasenso.com/static/wp/rencontre-avec-molistudio/ Wed, 05 Oct 2022 14:53:39 +0000 https://www.creasenso.com/static/wp/?p=3194 Des objets du quotidien revisités dans des nuances pastel se déplacent en une ronde hypnotique et défient la gravité dans des empilements vertigineux. Les matières les plus duveteuses prennent vie et de petites fleurs éclosent partout. Une nostalgie des années 80 douce et pleine de rêverie emplit l’espace.

Nous sommes chez Molistudio, studio de Motion Design spécialisé dans la 3D, fondé en 2014 par Seb, Nacho et Joni, installé à La Plata près de Buenos Aires.

A l’occasion du lancement de Senso Films, qui représente désormais également Molistudio, nous avons discuté avec Seb et Nacho pour découvrir l’histoire derrière la création de Molistudio, le processus créatif et les inspirations qui infusent l’univers du studio.

Molistudio – ENDLESS

Pouvez-vous nous dire comment vous vous êtes rencontrés et comment l’idée de Molistudio a vu le jour ?

Seb : Nous nous sommes rencontrés à l’Université des Beaux-Arts de La Plata en 2007. C’est l’une des plus grandes universités d’Argentine et nous y avons étudié le design multimédia ensemble pendant 6 ans.

Cette formation nous a donné à tous un sens des médias et des connections entre la Technologie et l’Art à travers des cours de développement web, de motion design, de design graphique… nous avons appris comment les deux peuvent se lier dans différents domaines.

Nous avons expérimenté de nombreux média et sélectionné ce qui nous plaisait le plus. Le spectre était énorme.

Après l’obtention de nos diplômes, nous avons travaillé sur différents projets, pour diverses entreprises. J’ai commencé à travailler en free-lance dans le domaine de la 3D et j’ai vécu au Royaume-Uni, où j’ai travaillé sur les projets de motion design de la BBC pour Double G Studios à Londres.

Nacho a travaillé pour l’université dans la communication, la conception, le design et le développement de sites web. Joni, lui, travaillait dans l’informatique.

C’était un processus lent et chacun de nous a expérimenté beaucoup de choses avant que nous nous réunissions et décidions de sauter le pas dans la direction artistique et la 3D, en créant le studio en 2014.

Molistudio – Another Fizz

Qu’est-ce qui vous a amené à étudier l’Art et le Design ? Quelle était votre principale motivation pour choisir cette orientation lorsque vous étiez plus jeune ?

Seb : Joni est un peu plus âgé que nous et il a étudié le code et l’informatique avant de rejoindre une université enseignant la publicité, puis l’université d’art et de design de La Plata. Mais Nacho et moi sommes passés directement du lycée à l’université.

Je crois que nous avons tous acquis une sensibilité pour l’art et surtout le dessin à travers notre éducation. Quand j’étais enfant, j’ai suivi des cours de peinture, apprenant la peinture à l’huile de l’âge de dix à quinze ans ; ensuite, j’ai suivi des cours de bande dessinée. Après cela, je me suis engagé pendant deux ans dans un cours très technique d’assemblage d’ordinateurs. C’est probablement à cette époque que j’ai fait le lien dans mon esprit entre l’art et la technique. Nos pères sont ingénieurs, donc cela nous a probablement donné une certaine orientation.

Nacho : Quand j’étais enfant, ma mère peignait et faisait aussi de la caligraphie. J’ai fait beaucoup de peinture et de projets graphiques avec elle. Je fréquentais une école qui nous donnait l’occasion de réaliser de nombreux projets artistiques et technologiques. Quand j’ai terminé l’école, je voulais vraiment étudier l’art. 

D’où vient le nom Moli ?

C’est un jeu de mots que nous avons inventé à l’université. Lorsque nous étions étudiants et que nous avons commencé à travailler en free-lance ensemble.

L’un des premiers noms que nous avons trouvés pour notre groupe de travail était Motion Lights, alors nous l’avons raccourci en Moli. Ce nom n’a pas de signification particulière dans aucune langue et fonctionne partout. Il est accrocheur et tout le monde se souvient de Moli.

Comment décririez-vous la façon dont vous associez vos talents pour travailler ensemble ?

Nous sommes bien plus que des partenaires commerciaux ; nous partageons une véritable amitié et nous voyageons, par exemple, ensemble. Nous nous connaissons très bien et nous savons ce que chacun de nous peut apporter aux projets.

Nos compétences ne sont pas redondantes, elles diffèrent légèrement, et nous nous complétons vraiment. Nous avons des points de vue différents, mais les mêmes standards et nous maintenons un processus très démocratique pour toujours trouver des solutions ensemble. Tout se passe très naturellement car nous nous connaissons bien. 

Parfois, afin de gagner en polyvalence, nous avons besoin de renfort sur certains projets. Nous avons une façon très agile de travailler. Lorsque nous avons besoin d’un complément, nous faisons appel à des personnes de confiance pour collaborer avec nous. Mais nous gardons toujours la maitrise du côté créatif du projet. C’est la raison pour laquelle les clients s’adressent à nous en premier lieu et c’est ce que nous aimons faire par-dessus tout.

L’essence de notre travail est une constante, nous apportons à chaque projet les mêmes normes, mais aussi notre propre touche. 

Molistudio – Tennis

En parlant de votre style, quelles sont vos influences, qu’est-ce qui vous inspire ?

Nous nous inspirons de la vie quotidienne ainsi que des petites choses que nous observons. Les situations de tous les jours, les choses banales que nous observons, la beauté que nous percevons dans les détails, l’exaltation de la beauté quotidienne, tout peut déclencher notre processus créatif.  Cela se passe de manière naturelle entre nous et nous interroge sur les raisons pour lesquelles cela nous touche.

De manière plus classique, nous nous inspirons de la musique, qu’il s’agisse de jazz classique, de musique indé, de rock ou de pop.  

La composition cinématographique des scènes est très importante pour nous. Nous accordons également une grande attention aux couleurs, en particulier les couleurs pastel. Cela occupe une grande place dans notre style.

Comment parvenez-vous à trouver un équilibre et à intégrer votre marque de fabrique créative dans votre travail commercial ?

D’une certaine manière, nous essayons toujours de raconter une histoire, même dans notre travail de commande. Il y a toujours une prise de position, que ce soit à travers une animation, une texture ou tout ce que nous faisons. L’une des raisons est probablement que nous venons de cette éducation artistique où le message a une grande importance. Nous aimons vraiment les sous-entendus.

Il y a une cohérence dans notre portfolio, un fil conducteur qui relie chacun de nos projets. Nous essayons d’affiner et de conserver cette signature afin que les gens nous reconnaissent et viennent nous voir pour ce style particulier. Ce n’est pas facile, car nous sommes une équipe, mais nous travaillons beaucoup pour affiner un style unique.

Dans notre approche professionnelle, nous savons comment équilibrer les choses. Parfois le brief est très précis, il n’y a pas vraiment de place pour intégrer un message plus personnel, mais nous acceptons volontiers ces contraintes, car elles nous aident aussi à nous améliorer. C’est une forme de défi, cela nous pousse à nous dépasser.

Mais il y a des choses que nous ne faisons pas. Nous ne faisons pas de design de personnages ou d’effets spéciaux. Les tendances changent et nous sommes parfois tentés de les suivre. Nous résistons dans une certaine mesure, afin de ne pas nous écarter de notre style.

Bien sûr, en parallèle, notre travail personnel nous permet de nous exprimer plus librement.

En parlant de tendances, quels sont vos sentiments et votre point de vue sur les NFT ?

Il y a une sorte de fièvre en ce moment. C’est une révolution qui a éclaté et elle se produit avec une grande rapidité parce qu’il y a beaucoup d’argent impliqué.

Nous considérons qu’il s’agit d’une véritable révolution car c’est un moyen de créer de l’unicité dans un monde virtuel. Nous aimons cet effet perturbateur qui permet à des gens comme nous de créer une œuvre vraiment unique. La blockchain nous donne cette possibilité de créer non seulement un contenu original, mais de véritables pièces uniques, mais de façon très différente de ce qui se passe sur le marché de l’art.

Nous pensons que cela va rester, ce n’est pas juste une mode. C’est une révolution comme l’a été Internet. Internet a rendu l’information disponible et accessible à tous. Les NFT vont avoir le même effet sur la création.

Merci Moli !

Molistudio – Render Lot No. 1

Molistudio est un studio de motion design représenté par Creasenso et Senso Films.

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Nîmes s’illustre, le nouveau rendez-vous de l’illustration ! https://www.creasenso.com/static/wp/nimes-sillustre-le-nouveau-rendez-vous-de-lillustration/ Wed, 14 Sep 2022 11:31:39 +0000 https://www.creasenso.com/static/wp/?p=3313
Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Cet été, du premier au 24 juillet, s’est tenue la 2e édition du festival Nîmes s’illustre, festival exclusivement dédié à l’illustration. Au programme, cinq grandes expositions disséminées à travers la ville de Nîmes, des expositions satellites, des événements, et surtout, une belle synergie créée entre les acteurs du milieu de l’illustration. Artistes, agents, galeristes et amateurs se sont retrouvés dans la Rome française pour célébrer le milieu de l’illustration (et le début de l’été).

L’animal et le vivant, la thématique de l’édition 2022

Des expositions pour découvrir l’illustration et la ville de Nîmes

Cette année, Nîmes s’illustre a choisi “l’animal et le vivant” pour sa thématique. Cette ligne directrice a donné lieu à cinq grandes expositions explorant le thème avec une grande diversité. Organisées dans différents lieux emblématiques, les expositions nous entraînent dans une flânerie attentive de Nîmes, ce qui n’est pas sans ravir la région, le département et la ville, ainsi que de nombreuses enseignes locales, tous partenaires de cette édition.

MICRO-MACRO COSMOS au Musée du Vieux Nîmes

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Dans le Musée du Vieux Nîmes, l’exposition “Micro Macro” a ouvert le bal avec une visite en avant-première jeudi 30 juin. À quelques salles des antiquités du musée, l’exposition présente le travail de deux artistes et un collectif qui jouent des échelles et mettent à l’honneur le dessin traditionnel ainsi que sa capacité à nous emmener dans des univers oniriques. L’illustratrice Lucille Clerc propose une déambulation au sein de son univers inspiré du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling. À travers de larges toiles suspendues, les visiteurs sont invités à contempler les grandes illustrations minutieusement détaillées. Aux antipodes de notre consommation boulimique contemporaine de l’image, le travail d’orfèvre de Lucille Clerc génère un autre rapport au temps. La contemplation est également de mise face aux travaux du second artiste exposé, Raoul Deleo. Dans la série Terra Ultima, l’illustrateur nous ouvre les portes d’un monde encore inconnu des humains, où coexistent des créatures hybrides – gorille phoque, tortue méduse ou encore lapin libellule – au réalisme fantaisiste. La saisissante finesse du stylo et de l’encre témoigne de l’approche quasi-scientifique d’un amoureux de la fiction et de la nature. Enfin, le collectif Ensaders offre un regard humoristique à l’exposition. Leurs illustrations, réalisées à quatre mains, bouillonnent de petits dessins aux détails impertinents, nous rappelant avec acidité nos contradictions face au vivant.

WAOUF ! L’EXPOSITION DE NICHE au Lavoir du Puits Couchoux

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Dans le lavoir du Puits Couchoux, lieu emblématique de Nîmes, “Waouf ! L’exposition de niche”, a sans doute le parti-pris le plus… original ! Cette exposition pensée pour les chiens et leurs maîtres célèbre l’animal domestique le plus dévoué ! Autour d’une piscine de jouets canins, une niche et quelques passe-têtes à hauteur de museau, sont exposées les illustrations de Tiffany Cooper, Georges, Moment Series et Quentin Schwab. Si l’on ressent bien l’humour et l’énergie des artistes et des scénographes, les œuvres flottent au milieu de ce lieu immense. On redemanderait volontiers davantage d’illustrations colorées et ludiques pour pousser l’idée jusqu’à son maximum ! 

BIOLUMINESCENCE MEXICAINE à l’Hôtel Dieu

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Cette année, Nîmes s’illustre est en collaboration avec le Gran Salon Mexico, salon d’illustration de la capitale mexicaine. De cette rencontre est née l’exposition bioluminescence, dans laquelle cinq illustratrices mexicaines exposent chacune une série sur ce phénomène naturel observable sur les littoraux de leur pays. La bioluminescence est une manifestation biochimique, qui permet à des bactéries, des crustacés, des mollusques ou des méduses de produire de la lumière. On note encore une fois, l’audace de la scénographie prise en charge (pour l’ensemble du festival) par l’Atelier 1:1. Ici, les visiteurs surplombent ces petits êtres lumineux : les illustrations sont contrecollées sur du bois et surélevées par un jeu de bas échafaudages. La scénographie nous invite à méditer sur nos systèmes de domination du vivant, et notre responsabilité dans son extinction.

LES FABLES DE GÉRARD LATTIER à la Galerie Courbet

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

OVNI de la programmation, la quatrième exposition est consacrée à l’artiste nîmois Gérard Lattier. Avec un style brut qui n’est pas sans nous rappeler le burlesque médiéval, Gérard Lattier nous conte ses fables, qu’il écrit et peint lui-même. Cette exposition patrimoniale est un hommage à l’artiste de 90 ans qui se définit atypique, “comme un ornithorynque ». Gérard Lattier a dédié sa carrière aux êtres et aux mystères de la nature, fantaisistes ou bien réels. Longtemps boudé par les institutions de l’art contemporain, ce faiseur-montreur-conteur d’images est enfin célébré avec beaucoup de tendresse dans cette exposition à la Galerie Courbet.

CRÉATURES HYBRIDES à la Maison du Protestantisme

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Enfin, l’exposition créatures hybrides, exposition centrale du festival, regroupe un large éventail des illustrateurs et des illustratrices du moment, qui se partagent toutes les campagnes de pub et couvertures de magazine actuelles. Et pour cause, cette exposition a été pensée avec les Agents Associés, communauté et syndicat d’agents d’artistes. Chaque agence a pu proposer quatre illustrateurs et illustratrices. À la manière de linges dans une cour italienne, les illustrations ont été imprimées sur du tissu, volant au gré du vent qui s’engouffre dans la cour de la Maison du protestantisme. Les artistes ont eu carte blanche pour explorer le thème des créatures hybrides, entre fiction et anticipation.

David Vanadia a, par exemple, proposé un dessin minimaliste où la silhouette d’un chat semble avoir l’aura d’un humain. On retrouve cette dualité homme / animal, dans un duo complice entre un homme barbu et son singe domestique dans l’illustration vectorielle de Jérôme Masi. Victoria Roussel, quant à elle, explore la fiction et représente une héroïne qui semble à la croisée entre Arrietty, le petit monde des chapardeurs, de Hiromasa Yonebayashi et la Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki. 

Alice Des, La Promenade (2022), gouache, 56x76cm

Enfin, certains artistes ont choisi de produire une œuvre originale. C’est le cas d’Alice Des, avec une magnifique gouache qui présente une réjouissante vision du futur où d’élégantes fashionistas promènent de drôles de créatures en laisse.

Nîmes s’illustre, un rendez-vous pour la profession

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Au-delà de la proposition et du point de vue artistique, le festival Nîmes s’illustre est aussi un événement fédérateur pour le monde professionnel de l’illustration. Si Arles est à la photographie et Annecy à l’animation, Nîmes est désormais à l’illustration ! Malgré son jeune âge, le festival remporte le pari d’être un événement incontournable pour le milieu.

Mettre en lumière l’illustration, la mission du festival

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Célébrer la diversité des arts graphiques illustrés, voilà la mission du festival. “Qu’elle soit poétique, didactique, impertinente ou dérangeante, l’illustration est une force créatrice aux multiples visages qui s’exprime avec de nombreux langages” nous rappelle le manifeste de l’association. Et pour ce faire, la direction artistique a décidé de varier les profils exposés, des figures confirmées aux artistes émergents et émergentes.

Tout un pan de la programmation est également dédié à des événements professionnels pour permettre une plus grande réflexion sur les enjeux du moment.

Podcast, marché et conférence : une réflexion sur l’illustration d’aujourd’hui

Photo © Creasenso

Le festival a pu compter une fois de plus sur l’enregistrement live d’un épisode de Sens Créatif, le podcast de Jérémie Claeys et Laurent Bazart, qui fait référence dans la profession. Sens Créatif est une émission d’interviews d’artistes, qui questionne les thématiques de la carrière, du collectif, ou encore de la dualité bien-être et créativité. La communauté très engagée du podcast (appelée Patate Club), principalement composée d’illustrateurs et d’illustratrices, est venue renforcer les rangs des festivaliers.

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Parmi eux, certains ont également exposé au marché de l’édition indépendante de l’événement. Sur une place malheureusement peu passante, le marché n’a pas fait grande sensation. Néanmoins, sa présence montre l’importance de l’échange avec le grand public pour les illustrateurs et les illustratrices. Les boutiques en ligne et les marchés d’illustrations sont de plus en plus centraux dans l’économie des artistes, et il était primordial pour le festival d’illustration d’intégrer cette dynamique à sa programmation.

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Quelques autres événements professionnels peuvent être cités. Comme par exemple les rencontres professionnelles, sorte de speed dating entre professionnels (acheteur d’arts, agent, chargé de communication) et jeunes illustrateurs novices, ou encore la conférence d’Aurélien Jeanney sur la réalité virtuelle et son parcours “Urbanimal” déployé dans la ville le temps du festival.

Le off de Nîmes s’illustre, la force de l’événementiel

Photo © Nîmes s’illustre – wwlpt.

Mais la véritable force de l’événement a aussi été de réunir une grande partie des acteurs et des actrices dans un même lieu : Nîmes.

A l’heure où de nombreuses problématiques bousculent l’écosystème de l’illustration, il manquait un espace de rencontre et d’échange pour affirmer la force et la solidarité de sa communauté. Avec des soirées professionnelles, un DJ set, des dîners informels, Margot Arrault, Victoria Vingtdeux et Sarah Dubois, les co-organisatrices du festival, relèvent haut la main le défi de créer des synergies et de la cohésion entre artistes et professionnels du milieu. Opportunités, collaborations ou même amitiés naissent de cette pause estivale ; permettant à chacun de sortir de la routine et de faire le point sur les tendances et les dynamiques de cette industrie.

Photo © Alice Des

L’équipe de Creasenso est repartie du weekend d’ouverture de l’édition 2022 de Nîmes s’Illustre avec le sentiment d’avoir vécu un moment rare, une parenthèse créative riche et enivrante, une communion intense et bienveillante entre passionnés de l’illustration. Quelle meilleure manière de démarrer la saison estivale !

Rendez-vous l’année prochaine !

Texte par Chloé Andrianarisoa.

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Rencontre avec Jérôme Masi https://www.creasenso.com/static/wp/rencontre-avec-jerome-masi/ Thu, 23 Dec 2021 14:58:24 +0000 https://www.creasenso.com/static/wp/?p=3108 À l’occasion de la création des Éditions creasenso, retour sur le parcours et les idées créatives de l’illustrateur Jérôme Masi.

Comment cette envie de devenir illustrateur est-elle née ?

C’est mon environnement familial qui a planté les premières graines. Mon père a fait les Beaux-Arts en formation d’architecte, j’ai donc baigné très tôt dans une certaine notion esthétique. Ce sont sûrement ces influences qui m’ont éveillé l’esprit et m’ont donné envie de faire quelque chose de créatif.
A l’école primaire et au collège je n’étais pas très scolaire mais j’ai vite senti l’intérêt de mes copains pour mes capacités de dessin ; acquérir un statut social au sein d’un groupe grâce au crayon m’a tout de suite plu.
Pour l’anecdote, au début des années 90 c’était l’émergence du hip-hop en France, j’avais 15 ans et je dessinais beaucoup de lettrages, des graffs. J’ai réalisé mon premier mur dans la cour de mon collège. Ce fut ma première commande artistique. Le résultat n’était vraiment pas terrible et j’ai vite réalisé qu’il n’était pas évident de transposer un travail papier sur un mur ! 

Behind the wall
© Jérôme Masi

Summer
© Jérôme Masi

Tu as étudié l’illustration et l’animation à l’école Émile Cohl puis travaillé dans différents secteurs tels que les jeux vidéo ou encore l’univers du design graphique. Comment penses-tu que ces différentes expériences ont fait évoluer ton esthétique ?

Je n’ai finalement été salarié que deux ans dans toute ma carrière, j’ai été embauché dans le jeu vidéo juste après mes études. C’était un travail d’équipe assez intéressant mais très long et je sentais que je n’avais pas de possibilités individuelles à explorer. Dans une grosse machine de production comme le jeu, on est juste un petit maillon de la chaîne qui permet de la faire rouler. C’est ce qui m’a amené à devenir indépendant très tôt.
Mon travail actuel est clairement un mélange entre mes connaissances du design graphique, ma formation d’illustrateur à Émile Cohl et mon intérêt pour le design, l’architecture et la culture en général. J’ai rencontré chacune de ces disciplines dans ma vie et ça me parait logique que mon travail actuel soit une synthèse de tout ça. 

Dans mes travaux les plus personnels, j’aime représenter les silences, les pensées, l’intériorité.

Tu arbores un style minimaliste, pourquoi cette apparente simplicité ? Permet-elle de rendre tes propos plus impactants ?

Oui je le pense… Dans mes travaux les plus personnels, j’aime représenter les silences, les pensées, l’intériorité. C’est une manière d’étirer le temps. J’aime traiter de l’évolution, du changement, d’où le motif récurrent des personnages qui marchent. D’ailleurs, ma première sérigraphie faite avec Creasenso traitait de ce sujet, on y voyait un dédoublement entre deux personnages identiques, l’un à l’arrêt et l’autre en mouvement. J’aspire surtout à ne pas toujours donner toutes les clés des images que je fabrique pour y conserver un caractère poétique. 
J’aime la sobriété en générale qu’elle soit artistique, esthétique ou humaine.  

Remue Méninges – Exhibition Maison Tangible
© Jérôme Masi

Aujourd’hui tu travailles aussi bien de manière traditionnelle que digitale. Sur quels projets privilégies-tu l’une ou l’autre de ces méthodes ? 

L’essence de mon travail se trouve dans mes réalisations personnelles, toiles, sérigraphies, objets etc. Le travail digital correspond plus à un travail de commande. J’apprécie vraiment de faire les deux et de pouvoir basculer de l’un à l’autre en toute liberté. Mais il est vrai que je sacralise le fait d’apposer un motif sur une toile, c’est comme lui donner un statut différent, lui permettre d’exister plus longtemps, ici ou chez quelqu’un d’autre. Plus longtemps qu’un fichier numérique qui disparaîtra de mon disque dur dans quelques années. 

On retrouve tes illustrations aussi bien dans l’édition que dans la Pub. Y a-t-il un projet qui t’a particulièrement marqué ?

C’est dur à dire, beaucoup ont été des étapes importantes. J’ai réalisé il y a longtemps la campagne des Soldes de la marque Ligne Roset, je pense que ça a été un point de départ. Plus récemment, un des projets marquants sur lequel j’ai travaillé, ce sont les bouquins pour enfant que j’ai fait chez Gallimard jeunesse : Rock Pop et Black music. J’ai travaillé avec Olivier Cachin sur Black Music, journaliste spécialisé dans le Hip Hop et qui présentait entre autres Rap line quand j’étais gamin, une des toutes premières émissions qui traitait de culture urbaine. Même si mon boulot a un peu évolué depuis, je garde une vraie affection pour ce projet.

BLACK MUSIC – Gallimard Jeunesse
© Jérôme Masi

ROCK POP – Gallimard Jeunesse
© Jérôme Masi

Peux-tu nous parler de tes inspirations du moment ?

Mes inspirations sont assez diverses et elles bougent tout le temps ! Il y a un événement auquel j’ai participé et qui m’a pas mal marqué, c’est le LB Project, un art camp organisé par Lucas Beaufort cet été. L’événement réunissait une vingtaine d’artistes dans un cadre idyllique vers St Tropez, c’était hyper fun et aussi très inspirant. Ce fut une joyeuse parenthèse, qui m’a fait remettre mon travail en question. Après ce moment j’ai mis un peu de temps pour recommencer à peindre. 
Bref, j’ai fait un Artcamp et c’était super inspirant !

Quel serait le projet fou que tu rêverais de réaliser ?

Je pense que j’ai déjà eu la chance de réaliser certains rêves comme celui d’être illustrateur et de jouir d’une certaine liberté. Il y a tout un tas de projets réalisables qui me ferait kiffer, comme celui de faire un tapis par exemple ! J’aimerais aussi me diversifier et peut-être faire un peu plus de collabs. Mêler les savoir-faire, travailler avec des designers, des architectes, faire de la sceno, des vitrines…

Comment est ton environnement de travail ? Où travailles-tu ?

J’ai un atelier à Annecy. J’ai la chance d’avoir pas mal de place pour travailler aussi bien sur l’ordi que sur de grandes toiles. Au quotidien, j’ai besoin de m’entourer des choses que j’aime, des objets chinés ou des pièces de design par exemple. J’apprécie aussi de voir certains de mes travaux exposés et évidemment ceux des autres aussi, c’est très important ! Je partage depuis quelques années cet atelier avec mon pote Guillaume qui est réalisateur et qui a sa boite de production. On a d’ailleurs eu l’occasion de faire quelques jolis projets ensemble. 

© Jérôme Masi

© Jérôme Masi

Qu’est-ce que tu vois par la fenêtre ?

La mer… enfin pour être tout à fait honnête je vois… un parking.

Tu as un roman graphique à nous conseiller ?

Un seul roman graphique c’est pas facile, j’en lis pas mal ! Mais là je pense directement à Pucelle de Florence Dupré la Tour. C’est une fille avec qui j’ai fait mes études, j’ai suivi toute l’évolution de son travail. Elle traite de sujets très actuels, hyper courageux, intimes et parfois complètement délirants ! Je trouve que l’exercice qu’elle a fait avec ce bouquin frôle la performance.

Un artiste ou un projet qui t’inspire ?

Il y a un type que j’aime bien en illustration et qui est très présent sur Instagram, c’est Camilo Huinca alias Onlyjoke. J’aime beaucoup ce que ses images expriment et je me sens assez proche de ce qu’il fait ! Il y a aussi le travail de Damien Poulain. Son style est minimaliste et très intemporel, son boulot pourrait aussi bien venir des années 60 que d’aujourd’hui. J’adore le travail du designer Ronan Bouroullec ou encore celui du peintre Peter Opheim. Je pourrai en citer plein ! 
J’ai également rencontré récemment Mambo qui est un type vraiment cool et ça c’est aussi très inspirant !

MORNING
© Jérôme Masi

Un design ou un produit magique ?

La lobby chair de Eames ou l’éponge magique de chez Spontex.

Une technologie ou innovation prometteuse ?

Clairement je ne suis pas très geek, je fonctionne plutôt à l’instinct ! Mais je dois dire qu’avec un pote ou deux, on se questionne sur les NFTs. Pour l’instant, ça me rebute autant que ça attise ma curiosité, je ne sais pas…. Ce qui est clair c’est que les NFTs font partie de notre époque, juste pour ça, ça mérite de s’y intéresser.


Jérôme Masi est un illustrateur français représenté par Creasenso.

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Rencontre avec Brolga https://www.creasenso.com/static/wp/rencontre-avec-brolga-2/ Wed, 17 Nov 2021 17:55:12 +0000 https://www.creasenso.com/static/wp/?p=3040 De l’Australie au Japon en passant par le Canada, Brolga nous retrace son parcours créatif et nous parle de ses personnages bizarroïdes. 

 

D’où viens-tu ? 

De Darwin, tout au nord de l’Australie. Climat tropical, des tas de crocodiles et de serpents… Darwin, c’est pile l’idée que tout le monde se fait de l’Australie.

Comment décrirais-tu ton style ? Comment l’as-tu développé ? Que penses-tu que les gens ressentent en regardant ton travail ?

Je ne saurais pas trop comment le décrire… Des illustrations hautes en couleurs centrées sur les personnages, je suppose ! À vrai dire, je ne dessine pas vraiment en pensant aux autres… Je le fais pour moi.  Au début de mes études d’illustration, mon style était plus brut, j’ai passé du temps à l’affiner. Aujourd’hui, il est plus espacé, une nette progression s’est produite. Ce qui n’a jamais changé, c’est que j’ai toujours dessiné des personnages. Quand j’étais plus jeune, j’étais à fond dans le sport, donc je dessinais des joueurs de cricket. Puis je me suis mis à beaucoup aimer la musique, alors je dessinais des groupes sur scène en plein concert. Au fil du temps, j’ai cherché à inventer des personnages que je n’avais jamais vus auparavant, avec des formes et des attributs un peu bizarres.

La beauté de ce travail, c’est que chaque projet a de nouveaux paramètres.

Jungle Fever, par Brolga

 

Qui sont ces grands bonhommes que tu dessines ? Quelle est l’histoire derrière ton illustration Bangkok Running Man ? Et The Embrace ?

Je me suis retrouvé à tuer le temps seul à Bangkok pendant un voyage au Bhoutan en 2016. J’ai sauté dans un tuk tuk et j’ai fait le tour de la ville pour prendre des photos et regarder les murales. J’ai un faible pour la signalétique, et Bangkok est parfaite pour ça : partout où tu regardes, il y a une signalétique folle, sous toutes ses coutures : en néons, à la main… le Bangkok Running Man est apparu dans ma tête pendant cette échappée. Je l’ai vu comme ça, en pleine course, traversé par tous ces panneaux que je voyais dans la rue. Des personnages que j’ai inventés, il est l’un de mes préférés. J’aime bien l’idée de pouvoir le remplir avec tout ce que je ressens, de pouvoir exprimer ma philosophie ou n’importe quoi d’autre à travers les couleurs et les symboles qui le parcourent. Grâce au collage, je peux exprimer beaucoup plus que ce qui se passe à travers les expressions faciales ou le langage corporel de mes personnages.

 

Bangkok running man, par Brolga

 

Brolga – The Embrace

Street art, murales géantes, photomontage et collage numérique, dessin à la main… Tu t’es essayé à des supports et des textures très variés. Sur quel type de projet préfères-tu travailler ? 

La beauté de ce travail, c’est que chaque projet a de nouveaux paramètres. On ne s’ennuie jamais. J’adore peindre des murales, mais parfois j’en ai marre parce que c’est très physique. Dans ces moments-là, je retourne derrière mon ordinateur, et de temps à autres on me demande de peindre des chaussures. J’aimerais bien pouvoir tout essayer. En ce moment, je suis très branché aérographie… et tapis. Depuis que Troublemaker a fait de mon Bangkok running man un tapis, j’ai vraiment envie de me mettre à tisser mes propres tapis.

 

 Projet de Dr. Martens customisées – par Brolga

 

Elvis Pizza – par Brolga

 

Comment les villes dans lesquelles tu as vécu t’ont-elles inspiré ? T’ont-elles chacune donné un élan créatif particulier ?

Galway en Irlande, Whistler près de Vancouver au Canada, Tokyo, un peu partout en Australie… J’ai vécu dans tous ces endroits avant de me lancer dans l’illustration, à l’époque où ce n’était qu’un rêve que je n’aurais pas cru réaliser. Puis un jour j’ai déménagé à Brooklyn, commencé une école d’art et c’est là que j’ai commencé à décorer les rues de mon quartier avec mes personnages. J’y voyais une forme d’art anonyme où l’on peut être aussi créatif qu’on veut, sans avoir à répondre à quoi que ce soit… Et je passais mon temps au Whitney museum, au MoMa et plein d’autres musées géniaux. C’est New York qui a tout déclenché pour moi.

 

New York collage – par Brolga

 

À quoi ressemble ton environnement de travail ?

Je viens de déménager, et maintenant j’ai un studio externe dans lequel je travaille. Je viens de commencer à l’aménager – pour l’instant, c’est juste un bureau dans un coin. C’est un peu triste… Mais je vais le rendre plus sympa. Au moins, j’ai beaucoup d’espace, donc je peux m’étaler et mettre le bazar. Le fait de pouvoir mettre le bazar ou non déteint forcément sur ce que tu produis.

 

Studio Life – par Brolga

 

Qu’est-ce que tu écoutes en travaillant ? Tu nous partages un ou deux morceaux ?

J’écoute beaucoup de podcasts. Il y a un gars qui s’appelle Mysterious Al, c’est un street artiste qui vient de Melbourne. Il vient de lancer son podcast Hustling 101. Je vais bientôt peindre un mur avec lui à Melbourne, j’ai vraiment hâte. J’écoute aussi le podcast Broken record du producteur de musique Rick Ruben et de l’écrivain Malcolm Gladwell, où ils interviewent des artistes musicaux. Il y a aussi WTF with Marc Maron, un comédien américain qui réalise toutes sortes d’interviews. J’écoute aussi beaucoup de musique. Le groupe français Air, c’est mes préférés. J’adore ces gars-là, ils sont géniaux. Quand je travaille, j’écoute ça ou quelque chose qui y ressemble. Ils ont fait quelques chansons sur Paris… dont une qui s’appelle Left Bank. Tu devrais l’écouter.

 

Tu as l’air d’être un véritable baroudeur urbain. Comment le confinement a-t-il affecté ton inspiration ?

Je suis devenu un peu fou, honnêtement … D’habitude, je passe une partie de l’année à voyager et l’autre à organiser mes voyages et les attendre avec impatience.  En ce moment, au lieu de voyager, j’explore davantage l’Australie. Mais quand on a l’habitude de vivre dans une ville, à un moment donné, nos sens se bloquent et on a l’impression d’avoir tout vécu… Alors qu’à chaque fois que je visite une nouvelle ville, j’ai l’impression de tout absorber, ne serait-ce qu’en regardant les panneaux et la signalisation. En voyage, le simple fait de remarquer de nouvelles choses que je n’ai pas l’habitude de voir est une grande source d’inspiration. Ça a été difficile de ne plus avoir cela. Pour tenir le coup, je me suis plongé dans le travail.

 

Ton prochain projet ?

Je fais une pause en ce moment, j’ai dit non à beaucoup de choses. Mais il y a des choses que je rêve de faire. J’écris un livre pour enfant, en ce moment. L’histoire d’une ville et de tout son petit monde de personnages déjantés. Écrire, ça n’a rien à voir avec dessiner. Je m’amuse beaucoup.
Je suis aussi en train de réaliser des personnages en sculpture géante pour l’Openfile exhibition à Shanghai. C’est un sacré challenge, je pense continuer à explorer cet aspect de mon travail dans le futur !

 

Un artiste ou un projet qui t’inspire ?

J’ai découvert beaucoup d’artistes au Whitney museum quand j’habitais à New York. Stuart Davis est l’un de ceux qui m’a le plus impressionné. Son travail est formidable. Aujourd’hui, on retrouve un peu de lui chez de nombreux autres artistes, je pense qu’il a influencé beaucoup d’illustrateurs. J’adore aussi le travail de Fernand Léger.

 

Un produit ou un design prometteur ?

J’ai acheté une tondeuse à gazon récemment. Je n’aurais jamais cru avoir à acheter ça un jour. Il n’y a pas besoin d’essence, elle fonctionne avec une batterie, mais du coup, il faut la brancher. J’ai dû tondre ma pelouse avec un cordon d’alimentation branché quelque part qui traînait derrière moi. Mais ça, c’est plutôt un design que je trouve nul… Complètement hors sujet, non ?  

 

Une technologie ou innovation magique ?

Les smartphones sont assez dingues. Les avions aussi.


Brolga est un illustrateur australien représenté par Creasenso.

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Rencontre avec Alice Des https://www.creasenso.com/static/wp/alice-des/ Tue, 28 Sep 2021 14:08:00 +0000 https://www.creasenso.com/static/wp/?p=2006 Devenir illustratrice, à tout prix : Alice revient sur son parcours haut en couleurs

Bien que le style d’Alice Des, avec son trait affirmé, ses couleurs contrastées, ses silhouettes plantureuses aux tailles fines et aux cheveux gaufrés, puisse faire référence au style rétro des années 50, la Femme d’Alice Des est loin d’être la docile ménagère cantonnée au bien être de son mari et enfants. Elle est charismatique, belle, volontaire, maîtresse de sa féminité et de sa vie. D’ailleurs Alice ne renie en rien son engagement pour les sujets féministes, qui lui permettent, en utilisant tous les supports mis à sa disposition, d’être en phase avec sa génération et son époque.

Tu étais agent d’illustrateurs avant de devenir toi-même illustratrice indépendante. Peux-tu nous raconter cette transition ? 

Mes études n’avaient rien à voir avec l’illustration. J’ai fait un master de communication à Sciences Po, puis j’ai bossé un an en agence de publicité. Mais il me manquait un truc en plus. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Morgane, qui avait monté l’agence La Suite il y a quelques années et qui cherchait quelqu’un pour l’épauler. C’est comme ça que je suis devenue agent d’illustrateurs. J’ai adoré cette expérience, qui était à la confluence de ce que j’avais appris à Sciences Po et dans le milieu de la pub, et ma passion pour l’illustration et les arts graphiques. J’ai appris les coulisses du milieu, notamment l’illustration commerciale, qui est assez spécifique et différente de l’illustration d’édition. Après 4 ans en tant qu’agent, toujours à pratiquer l’illustration de mon côté, j’ai eu envie de tenter ma chance et j’ai quitté La Suite pour me lancer à plein temps dans l’illustration.

Je suis extraordinairement têtue. Ça a toujours été dans le fond de ma tête de devenir illustratrice.

Nouveaux Horizons, par Alice Des

 

Est-ce que le métier d’agent te manque ?  

J’ai quand même dû faire mon deuil. C’était un métier passionnant. On avait 25 illustrateurs, des français, des internationaux, et ils avaient tous des process et des médias complètement différents. Du numérique, de la gouache, du volume en papier… On faisait des collaborations avec des petites marques françaises hyper sympas, on travaillait avec des galeristes sur des expositions, des vitrines de magasin…  c’était extrêmement varié, et très épanouissant de promouvoir tous ces artistes différents. Et c’est un métier où on se sent utile… Maintenant que je suis illustratrice, je sais à quel point on peut se sentir seul face à ses clients, et à quel point on est reconnaissant d’avoir quelqu’un à qui parler. On est là pour partager les aléas émotionnels des artistes… C’était une belle période, d’être agent. 

 

Comment  as-tu développé la fibre de l’illustration sans avoir suivi d’études créatives ? Un conseil à donner à ceux qui cherchent à devenir illustrateurs tout en suivant des études différentes ? 

Tout comme il n’y a pas de cursus pour devenir agent, le métier d’illustrateur s’apprend en faisant. Je suis quelqu’un d’extraordinairement têtu. J’ai toujours été passionnée par les arts visuels, ça a toujours été dans le fond de ma tête de devenir illustratrice, mais j’avais un deal avec mes parents : je faisais Sciences Po, ensuite je pourrai faire ce que je veux. C’est ce qui s’est passé. En parallèle de mes études, j’ai suivi des cours de modelage, de peinture, de dessin. Puis j’ai eu envie d’apprendre l’illustration numérique, alors j’ai sabré pas mal de week-ends pour apprendre comment ça marche. Mais chaque étape de mon parcours m’a appris des choses qui me servent aujourd’hui et que je n’aurais pas appris autrement. Être agent m’a mis un boost d’inspiration, c’était mon quotidien d’aller voir des expos, des vernissages, d’être en veille sur les artistes à représenter… tout ça a nourri cette fibre et compensé le fait de ne pas avoir fait d’études supérieures en art. Et ça m’a aussi aidé sur le plan pratique : connaître ses droits, oser dire qu’une clause ne te convient pas dans un contrat…  J’ai l’impression que ce sont des choses qu’on n’apprend pas vraiment en école d’art, alors qu’à Sciences Po, j’avais des cours de propriété intellectuelle, d’entrepreneuriat et de négociation. 

 

Illustration éditoriale pour le magazine Air le Mag, par Alice Des

 

Dans leur silhouette, leur tenue et leurs accessoires, tes protagonistes ont quelque chose de l’esthétique des années 50. Quelles sont tes inspirations ? 

J’aime beaucoup le contraste. Le noir et blanc, les motifs, rayures, carreaux…  Je pense que ce style est un melting pot d’époques qui rassemblent ces éléments là. Quelque chose de simple et percutant à la fois. Il y a quelque chose des années 20 et 30 avec les rayures, les baigneuses à la plage… Mais je ne pense pas que c’était conscient au départ. Mon intention était surtout de rendre mon dessin plus graphique que narratif, de simplifier les formes et d’aller à l’essentiel. Ma démarche consiste à simplifier les silhouettes pour mettre en avant l’attitude des personnages, ce qu’ils regardent, ce qu’ils font, plus que les détails de vêtements ou accessoires. J’aime bien les vêtements qui soulignent les formes, comme les pantalons taille haute, parce que ça me permet de dessiner des tailles assez marquées. C’est une tentative de géométrisation des formes, tout en gardant un peu de chair et d’humain. 

 

Portrait pour le 3ème tome du livre Histoire du Soir pour Filles Rebelles d’Alice Babin, par Alice Des

 

Finalement, tes personnages sont très actuels malgré leur côté rétro. Maintenant que tu maîtrises ce traité, est-ce que tu as envie d’explorer d’autres formes ou est-ce que tu cherches encore à l’améliorer ?

Oui, mon style marche aussi dans notre temps, puisque la mode est assez cyclique et que le rétro revient toujours à la mode. On aura toujours un peu de nostalgie pour ça. Il y a toujours à améliorer, il y a encore des choses que je peux faire pour rendre mon dessin encore plus graphique et simplifié, mais je cherche aussi à l’amener sur d’autres sujets, comme des scènes d’architecture. Peut-être inverser l’échelle, et donner plus d’importance au décor. J’aimerais aussi sortir du numérique et incorporer des textures plus traditionnelles, comme la gouache. Il y a encore plein de choses à découvrir. 

 

 

Ton univers est peuplé de femmes fortes, assumées mais aussi très féminines. Aujourd’hui, ton travail est associé au mouvement féministe. As-tu toujours eu envie de t’engager par le dessin ? Ou est-ce une dimension qui s’est dessinée à mesure que tu t’orientais vers ces sujets féminins ? 

C’était la suite logique de mon parcours à Sciences Po. Mon réseau est engagé et politisé. Les premiers contrats que j’ai eu, c’était par une amie porte-parole d’une association féministe. Le milieu militant s’organise beaucoup sur les réseaux sociaux, c’est comme ça que je me suis fait connaître auprès de cercles féministes. C’est notamment comme ça qu’a commencé ma collaboration avec Clit Revolution, un projet porté par deux anciennes militantes femens. Elles ont fait des actions vraiment courageuses, qui leur ont valu 213h de garde à vue à elles deux. J’ai vraiment accroché à leur engagement, elles ne voulaient pas être trop légères, mais vraiment rentrer dans des enjeux politiques liés à la sexualité féminine. Travailler sur ces sujets m’a donné le goût de cet engagement qui avait déjà commencé à se dessiner et s’est affirmé avec la communauté de ce projet-là. 

Gouache, par Alice Des

 

Peux-tu nous parler de ton travail dans le Manuel d’activisme féministe ? Envisages-tu d’autres projets similaires d’illustration d’ouvrages engagés ? 

Avant le livre, il y avait une websérie où j’illustrais la petite minute didactique “le saviez vous” qui reposait le contexte historique de chaque débat. Il s’avère que la websérie a aussi une grosse communauté Instagram, qui était très demandeuse de conseils pour agir à leur échelle : comment commencer à militer, faire une manif’, les moyens de s’engager quand on ne vit pas à Paris… Il y a toute une génération de jeunes qui est motivée à revendiquer ses droits et trouver des solutions pour s’engager. Face à toutes ces questions, elles ont vu une opportunité de faire le “Militer pour les nuls”, un manuel à leur image, pour désacraliser le militantisme. L’idée, c’était de proposer un petit guide accessible, drôle, et qui soit un bel objet qu’on ait envie d’offrir. Dans le but de démocratiser le militantisme, le rendre le plus joyeux possible. 

Gouache, par Alice Des

 

As-tu un projet personnel en cours ou à développer ?

J’ai racheté de la faïence pour faire de la céramique récemment. Je vais faire des objets, des vases et des soliflores. Je vais travailler sur des sculptures plus grandes, des personnages entiers. Et j’ai une exposition de prévue horizon 2021, ce sera l’occasion de travailler sur de plus grands formats, varier les compositions et les médias. J’aimerais revenir à la matière, au modelage, réutiliser les pinceaux. Je voudrais aussi travailler la linogravure. 

 

Baigneuses, par Alice Des

 

Quelle est la première chose que tu fais le matin ? 

J’ai fait l’erreur d’investir dans une switch pendant le confinement, alors honnêtement, en ce moment, la première chose que je fais, c’est d’aller sur mon île sur Animal Crossing. Je récupère les fossiles, je vais dire bonjour à mes petits habitants… Après, je bois un thé avant d’attaquer la journée. 

 

Comment est ton environnement de travail ? Où travailles-tu ? 

En temps normal, j’ai un atelier partagé avec d’autres indépendants, dont des illustratrices. En ce moment, j’essaie d’y retourner une journée par semaine histoire d’essayer de retrouver un rythme et de partager mes joies et mes malheurs avec Kristelle Rodeia, ma coloc d’atelier.

 

 

Sinon, je travaille de chez moi, j’ai un bureau au pied du lit dans mon petit studio. Mais l’illustration est un métier mobile et solitaire. Avec mon iPad, je peux faire ça de n’importe où.

 

 

Qu’est-ce que tu vois par la fenêtre ?

La tour de Jussieu… Et en dessous, l’ancien bâtiment de l’école polytechnique. Il y a aussi la rue Mouffetard et une petite place avec des restaurants. Malheureusement, je ne vois pas le Panthéon de chez moi, ça aurait été chic de pouvoir vous dire ça. Louis Thomas habite dans le quartier, aussi. Lui doit voir le Panthéon. 

 

Peux-tu nous donner quelques artistes que tu admires ?  

J’aime beaucoup la représentation des corps féminins de Niki de Saint Phalle, son utilisation des couleurs, son côté un peu rock’n’roll. Pour le reste, c’est plutôt contemporain. J’aime énormément les photos d’Alice Moitié. Elle fait de la photographie numérique et argentique dans un style barré, elle a pas mal bossé dans la mode.  Et elle est complètement folle sur les réseaux sociaux, elle me fait beaucoup rire. Puis en tant qu’illustratrice, j’ai une admiration encore plus grande pour les illustrateurs qui travaillent à la peinture. Je pense à Mügluck ou Quentin Monge, Lorenzo Mattotti aussi, ou bien Edith Carron. J’aime bien quand on sent la texture, le côté spontané des traits. En roman graphique, il y en a Fred Bernard que j’admire et qui me donne vraiment envie de dessiner à chaque fois que je vois ce qu’il fait. C’est du dessin au trait au noir et blanc, c’est hyper spontané, on dirait qu’il a dessiné tout son roman graphique d’un seul trait. Ça donne l’impression que c’est facile de raconter des histoires et de faire voyager les gens. Alors que non ! 

 

Tu as un roman graphique à nous conseiller ? 

La série Les Aventures de Jeanne Picquigny de Fred Bernard aux éditions Casterman. Puis, ma passion absolue en matière de roman graphique, c’est Anouk Ricard. Coucou Bonzons, c’est un de mes préférés, mais tout ce qu’elle fait est super. Ce sont des histoires de petits animaux anthropomorphes dans un style naïf et un peu absurde. Il y a un décalage entre le propos et le traité qui pourrait faire jeunesse. Elle a une liberté de ton totale, mais ce n’est jamais vulgaire. Elle dit des choses que j’aurais voulu dire, avec des personnages que j’aurais tellement voulu inventer… 

 

Un artiste ou un projet qui t’inspire ? 

Un projet qui m’a fait rêver, ce serait l’Atelier Bingo x Made By Kihara. La marque Made by Kihara regroupe les artisans d’Arita, ville japonaise mondialement reconnue pour son savoir-faire millénaire en porcelaine. Made by Kihara a organisé une résidence d’artistes du monde entier pour mêler le côté moderne de l’illustration contemporaine au savoir-faire traditionnel. Atelier Bingo y a participé, ils ont fait des collections d’assiettes, de vases… C’étaient des produits magnifiques car créés de façon artisanale avec un savoir-faire exceptionnel. Avec le souci de garder le côté abstrait et texturé d’Atelier Bingo qui travaille parfois en mixant la gouache, la peinture, le pastel… Le mélange de techniques et d’influences était vraiment inspirant.

 

Un design ou un produit magique ?  

Quentin Monge qui a sorti sa collab’ avec ses amis qui font du pastis. J’aime bien l’univers des spiritueux, il y a de très belles choses qui sont faites en design sur les bouteilles d’alcool. Et là ce qui est drôle, c’est que tout était cohérent dans la bouteille. En plus des joueurs de pétanque sur l’étiquette, ils ont fait un bouchon cochonnet.

Illustrations pour Pastis 1212, par Quentin Monge

 

Une technologie ou innovation prometteuse ? 

Les projets d’Aurélien Jeanney que je trouve hyper sympa en termes de technologie. Il a fait un projet à Chaumont en réalité augmentée, où de grandes fresques s’animent au milieu du décor urbain. J’avais fait l’une de ses expos l’été dernier, Midi Minuit, qui exposait des visuels du jour et de la nuit, et où la réalité augmentée jouait le passage du temps. Je ne me rendais pas compte que ça pouvait être aussi prenant d’animer des affiches. Je pense d’ailleurs que je vais me procurer celle de Théo Guignard… Et il a sorti un livre animé aussi, Les Voyages Extraordinaires d’Axel, que j’avais très envie d’offrir à mes neveux pour Noël.

 


Alice Des est une illustratrice française représentée par Creasenso.

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Motion + Design https://www.creasenso.com/static/wp/motion-plus-design-festival/ Thu, 23 Sep 2021 15:41:40 +0000 https://www.creasenso.com/static/wp/?p=2948 Cette année, Creasenso a sponsorisé le Motion Plus Design Festival qui a eu lieu le samedi 18 septembre à Paris. 

Le motion design et la production vidéo étant au cœur de nos métiers, nous nous devions d’y assister et nous vous avons résumé les septs talks animés par des artistes talentueux venus du monde entier.

Si vous souhaitez voir l’intégralité des talks c’est ici !

 

Fanny Rollot – Gummy Vapormax

 

Fanny Rollot ouvre l’événement pour parler de son parcours varié, ponctué de projets personnels, en freelance ou en collaboration avec les studios. Fanny est une motion designer 3D toujours en quête de nouveauté et d’expérimentation. L’artiste introduit sa conférence avec le thème « Failure », pour évoquer les échecs qu’elle a pu rencontrer durant son parcours ou ses projets, mais ces échecs peuvent aussi être bénéfiques ou créativement intéressants. Fanny Rollot nous dévoile ses différents projets comme « Useless objects » ou « Dominos » qui sont des expérimentations personnelles ou encore des campagnes visuelles pour Salomon ou Nike. 

http://fannyrollot.fr/

 

Mattis Dovier – Inside

Mattis Dovier est un motion designer français, imprégné du style 90’s et des animés japonais. Après avoir travaillé sur le mouvement et les impacts du corps humain en GIF, Mattis s’oriente très vite vers ses passions : la narration et l’animation. À partir de 2013, son style est très marqué par le Pixel Art en noir et blanc, il s’inspire alors de l’impressionnisme pour attirer l’attention sur le personnage et non les détails. Dans son travail, Mattis oppose la nature à la technologie, ses visuels sont à la fois poétiques et sombres. Ses principales sources d’inspiration se trouvent dans le travail de réalisateurs comme John Carpenter, David Cronenberg ou encore David Lynch.

https://vimeo.com/mattisdovier

 

Maurice Fransen – November Aan de Poel

 

Après avoir lancé sa propre entreprise, Strack, Maurice Fransen a souhaité voir autre chose et mettre de côté quelque temps le Design Graphique pour laisser place à la photographie. Il monte alors son studio photo pour commencer ses expérimentations avec de la peinture, de l’eau, des pigments, …. Satisfait du résultat, Maurice décide donc de digitaliser ces expérimentations en se lançant dans la 3D. De la mode à la technologie en passant par la cuisine, des entreprises très variées adhèrent à son style emprunt d’une grande variété de tons et d’une certaine abstraction… .  

https://mauricefransen.nl/

 

ARC4G – Personal project

 

Le travail de ARC4G est tout à fait singulier. Apaisantes et hypnotiques, ses loops au rendu métallique et technologique ont déjà fait le tour du monde. Obnubilé par l’invention d’objets technologiques incongrus, il a, récemment, développé une nouvelle esthétique qui cartonne en NFT. Abdullah n’a malheureusement pas pu assurer sa conférence et il a fait appel à sa sœur pour le représenter. Il nous dévoile durant cette conférence, comment, pour contourner  son handicape, il a trouvé des solutions pour faire de la 3D avec un doigt seulement. Après avoir appris la 3D via des tutoriels sur internet, il lui a également fallu trouver du matériel adéquat. Il n’a jamais cessé d’aller au devant de l’innovation, chercher l’information, trouver des applications ou du matériel qui lui permettent aujourd’hui de créer et d’être un crypto artiste côté.

https://arc.art/

 

Magali Garcia – Love Loosens Limbs

 

Magali Garcia est une réalisatrice, illustratrice et animatrice indépendante espagnole qui a réussi à dépasser sa peur de l’échec et son manque de confiance en soi durant son parcours. Elle n’hésite pas à mélanger les techniques, à jouer avec les objets et les matières pour arriver à un résultat créatif et artisanal. Magali fait le choix de présenter deux de ses travaux : « I need » qui est une animation qui montre le manque perpétuel de satisfaction d’une fille qui est toujours à la recherche d’autre chose, et une collaboration avec l’artiste Tom Rosenthal pour son clip « Love Loosens Limbs » qui mixe différentes techniques comme le dessin, le papier mâché, le live action, le stop motion …. 

https://www.magali.tv/

 

Simon Holmedal – Social Distancing

 

Malgré son absence, Simon Holmedal, le partenaire de Panoply, a réussi à captiver son public par son travail hypnotique à base de formes, de textures et de jeux de lumières composant des expérimentations cinématographiques. Il présente ses expériences personnelles dont la série en cours « A Panoply Curiosity », en particulier son projet « Social Distancing ». Simon nous montre, étape par étape, comment il a construit ce projet qui illustre, à travers des pions tous reliés entre eux, la pandémie mondiale, la distanciation sociale, le confinement tout en restant connecté au monde grâce aux réseaux.  

http://www.simonholmedal.com/

 

Éric Brocherie – Cédric Klapisch’s trilogy

Cédric Klapisch, le réalisateur français de la célèbre trilogie : L’auberge Espagnol, Les Poupées Russes et Casse Tête Chinois, et Eric Brocherie un Directeur Artistique et de Création clôturent cette journée en nous parlant de leur collaboration de presque 30 ans. En effet, la quasi-totalité des génériques de films de Klapisch ont été pensés et réalisés par Eric. Ils décident de nous parler de leurs inspirations comme David Hockney, Neville Brody ou encore David Carson, pour créer ce jeu de typographie et d’image que l’on retrouve dans chacun de ces génériques. 

https://www.cedric-klapisch.com/
https://ericbrocherie.com/

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Rencontre avec Burnt Toast https://www.creasenso.com/static/wp/rencontre-avec-burnt-toast/ Tue, 06 Jul 2021 11:24:36 +0000 https://www.creasenso.com/static/wp/?p=2738 « J’aimerais qu’il y ait une forme de vérité dans mon travail » : les illustrations espiègles de Burnt Toast interprètent notre rapport à l’actualité, la consommation et la technologie

Talentueux illustrateur et animateur indépendant basé à Hamilton, Scott Martin est l’homme derrière Burnt Toast. On le reconnaît sans peine à ses tracés tout en rondeur, ses personnages sympathiques et sa palette pastel à la dominante rose donut. Un style cartoon rafraîchissant, dont la candeur est parfois au service de la satire de notre mode de vie.

Illustration personnelle, par Burnt Toast

Drones, cigarettes et notifications 

On retrouve dans son travail des clins d’œil à l’agitation générale, aux addictions courantes et à la course au temps dans un monde qui va trop vite. Son  thème favori est l’étau des réseaux sociaux à l’œuvre sur des personnages isolés par leur besoin de reconnaissance, mais Scott traite également des es sujets plus universels , toujours avec un humour corrosif qui n’enlève rien à la légèreté de son style. Avec fantaisie et autodérision, Burnt Toast dédramatise plus qu’il ne dénonce dans ses illustrations débordantes de vie.

Je ne suis pas un alien. Je me moque de moi-même dans ces dessins, je suis accro aux réseaux sociaux comme tout le monde.

Sa patte distinctive et sa technique impeccable valent à Burnt Toast une reconnaissance internationale. La netteté des vecteurs et la fluidité des animations qui caractérisent ses réalisations étant des qualités communément recherchées parmi ses confrères, il publie aussi quelques ressources dans lesquelles apprendre de ses procédés. Scott compte Google, Red Bull, Dropbox ou Snapchat parmi ses clients. Alors qu’il exerce essentiellement sur le digital, son dernier projet commercial avec Light & Free a été l’occasion de s’essayer à l’art mural dans le cadre du festival montréalais MURAL.

 

Quand as-tu commencé à dessiner ? Quelles étaient les premières choses que tu dessinais ? 

Petit, j’allais dans les boutiques de skate et je regardais les dessins au dos des planches. C’est à travers les marques de skate que je suivais qu’est née ma fascination pour l’illustration mais aussi le branding. Je copiais les personnages sur les planches, et je faisais des caricatures de mes professeurs. J’avais dessiné un de mes profs avec un énorme nez, ce qui ne lui a pas plu. Déjà à l’époque, j’avais dit quelque chose du genre « hé, vous ne pouvez pas faire ça, c’est mon dessin !”. C’était déjà très important pour moi. J’ai dessiné toute ma vie, et je compte bien continuer. 

Dope Shit, par Burnt Toast

Quel est le projet sur lequel tu t’es le plus amusé ? 

Mon projet avec Mural et Light & Free à Montréal. Ce projet m’a tellement apporté, au-delà de ce que j’ai produit. J’ai rencontré du monde, j’ai visité une nouvelle ville et mon travail a été exposé à grande échelle. C’était inédit sur plein de plans. 

Murale Light & Free, réalisée pendant le festival Mural

C’était ta première murale, non ? 

Ma première murale commerciale, disons. J’en avais fait illégalement, sur les rails. Je ne peux pas prétendre comprendre toute la culture autour, j’apprends encore tellement de choses sur les murales et comment elles sont perçues. Je ne voulais pas me présenter comme muraliste avant d’avoir mérité ce titre. Je ne pense toujours pas vraiment le mériter, mais au moins je peux dire que j’ai fait une murale de 100m². 


Il y en a eu une à Montréal, mais aussi à Toronto, c’est ça ? 

Oui, les deux villes faisaient partie de la même campagne. C’était une sorte de trip impromptu où tout s’est passé mieux que prévu. On a rencontré l’un des graffeurs stars de Montréal et il nous a emmenés cinq pieds sous terre dans les rames de métro. Et on a peint là, ce qui est complètement illégal. Je ne donnerai pas son nom. Ce voyage était juste incroyable… C’était quoi, la question ? 

Murale Light & Free, réalisée pendant le festival Mural

 

Oh, je me demandais juste comment c’était de faire cette murale. Ce que ça fait de voir son œuvre exposée sur un aussi grand mur, de passer devant…  

Indescriptible. On a peint le mur assez rapidement, et on voyait les gens qui allaient au travail arriver au coin de la rue l’air perplexe, du genre, “merde, quand est-ce que ce truc s’est retrouvé là ?”, et ils avaient l’air agréablement surpris – du moins c’est ce que je me dis. Et puis il y a une semaine, on m’a appelé pour me dire qu’un type était en train de le tagger. Cette chose continue à vivre sa vie sans moi. 

 

Ils seront tagués à nouveau, sans vouloir te faire de peine… 

Oh, je sais bien. De toute façon, les murales sont éphémères. Comme je disais tout à l’heure, j’ai commencé sous les ponts… les tags ont une durée de vie très limitée là dessous ! Tu peux en être fier, bien-sûr, mais c’est presque comme un truc zen. Tu les fais en sachant que ce n’est pas permanent, et il y a quelque chose d’apaisant à ça. 

The End, par Burnt Toast

 

Peut-on revenir sur le pack de stickers Work Life censé exprimer les ennuis au travail, sur lequel tu as travaillé avec Google ? C’est une série d’illustrations un peu sarcastique dans lesquelles on te reconnaît bien. Penses-tu que tu aurais moins apprécié le brief s’il n’avait pas eu cette dimension négative ? 

Bien-sûr. Je ne sais même pas si c’est sarcastique, c’est presque réaliste. Il y a tellement de choses vues et revues, du genre “I hate mondays”. J’aimerais qu’il y ait une forme de vérité dans mon travail. Je ne peux pas parler au nom de tout le monde, mais j’essaie d’avoir un humour d’observation, auquel les gens peuvent s’identifier, se dire “tiens, c’est ce que je pensais, mais je ne savais pas vraiment comment l’exprimer”. C’est difficile à accomplir, mais j’essaie de le faire. Surtout pour un pack de stickers. Si c’est quelconque, les gens n’auront pas de raison de choisir d’utiliser ça plutôt qu’autre chose parmi tous les trucs chiants qui existent. 

Pack de stickers Allo pour Google, par Burnt Toast

 

Est-ce que tu rencontres personnellement certaines de ces situations dans ta vie au travail ? 

Le projet avec Google est arrivé assez tôt dans ma carrière de freelance. Avant ça, je travaillais en entreprise, dans le studio d’une chaîne de télévision. Alors oui, j’ai aussi fait l’expérience de cette culture d’entreprise aride. 

 

Depuis quand es-tu en freelance ? Tu aimes ce rythme ? 

Oh, oui. Je ne reviendrais en arrière pour rien au monde. On est en 2020, là ? Ça doit faire 5 ou 6 ans. J’ai cumulé les deux jusqu’à ce que Burnt Toast devienne quelque chose qui valait la peine de quitter mon travail. Mais ça n’a pas pris si longtemps, peut-être un an.

 

Tu as dit récemment que ta source d’inspiration avait changé, que tu as commencé à vouloir refléter le monde dans lequel tu vis. Que s’est-il passé ? 

Face à toute la division qui règne aux États-Unis, je me suis rendu compte à quel point mes illustrations étaient naïves et blanchies. Je dessine de mon point de vue d’homme blanc, mais mon public s’est bien élargi et j’ai eu envie de le représenter aussi. Les mots en gras dans le brief de Light and Free étaient diversité et inclusivité. J’étais content d’avoir à représenter cette idée, ça faisait longtemps que je voulais la traiter mais je n’avais pas mon point d’accroche. On a discuté de ce que signifiait l’inclusivité, c’est assez large, finalement. Ça pourrait être n’importe qui, n’importe quand. C’était une réflexion intéressante. J’ai l’impression que j’ai tiré bien plus de cette campagne qu’ils n’ont tiré de moi. 

Illustration par Burnt Toast. Animation par Erwan

 

Tu as exploré la diversité et l’inclusivité dans le projet Light and Free, mais dans le reste de ton travail, beaucoup de tes personnages sont blancs. C’est parce que tu ne veux pas parler au nom des autres ? Certains illustrateurs choisissent simplement des couleurs fantaisistes et font des personnages violets ou bleus, par exemple…  

Ça me travaille depuis plusieurs années. J’ai bossé avec Facebook sur des sets d’icônes. En réfléchissant à comment être universel, on avait soulevé des problématiques intéressantes. Sur comment symboliser les informations, par exemple. Dans certaines régions du monde, il n’y a pas de journaux. Quand on voit des journaux, on pense aux infos, mais dans d’autres pays, ça n’a pas de sens. Donc l’un des aspects de l’inclusivité, c’est le fait d’être compris par tout le monde. Ensuite, il y a la question de la couleur au sens pratique. Mes dessins ont des traits bien définis. Les couleurs claires mettent en avant les contours, donc ça m’arrange de dessiner des personnages à la peau claire. Avec le pack d’autocollants Google, j’aurais très bien pu faire tout le monde en bleu. Mais c’est un moyen facile de contourner le problème. Et puis quand tu fais un personnage tout vert, on dirait un zombie mal en point. Donc en plus de l’inclusion, il y a tous ces facteurs très terre-à-terre. Et enfin, comme tu l’as dit, je ne veux pas parler au nom des autres. J’ai une situation privilégiée, il y a beaucoup de choses dont je n’ai pas fait l’expérience. Je ne veux pas mettre des mots dont je n’ai pas la mesure dans la bouche des gens. C’est un sujet sensible, mais il est temps que je mette de l’ordre dans tout ça et que je commence à dessiner une vraie communauté. Pour ça, je pense qu’il suffit de rester sensible. 

Illustration pour la campagne Light and Free, print off-screen, par Burnt Toast

C’est vrai. D’autant que tu abordes des sujets qui touchent l’humanité entière.  

Si on veut, je sais pas trop. Je prends mon rôle au sérieux parce que les gens écoutent ce que j’ai à dire, mais je ne me vois pas non plus comme un martyr. Au fond, je passe juste mes journées à faire des croquis dans mon carnet, et il se trouve qu’il y en a certains que je choisis de vectoriser et de publier sur Instagram. Ça reste des choses que je publie sur mon temps libre, sur mes réseaux personnels, finalement. Mais bon, c’est intéressant de voir mon travail devenir quelque chose qui me dépasse. Et avec le temps, ce que je fais évolue. Je vieillis, j’ai la trentaine maintenant, j’ai un avis plus solide sur des sujets politiques et c’est ce que je dessine, on dirait. Parfois, j’ai l’impression de n’être qu’un spectateur de tout ça. On verra bien où ça mène. 

Fresh Air, par Burnt Toast

 

Ce serait quoi, le projet de tes rêves ? Tu l’as déjà fait ? 

Je ne pense pas l’avoir déjà fait. J’aimerais bien faire de la sculpture à grande échelle… Tu connais Kaws ? Une vraie inspiration pour moi, ces énormes sculptures. Ça ne serait pas nécessairement un projet, le terme est un peu restrictif. En fait, le rêve, ça serait d’être pris au sérieux, devenir un artiste de renommée mondiale. Sculpture, peinture, vêtements… Je veux voir jusqu’où je peux aller. Je n’ai pas vraiment d’objectif final. 

 

Tu peux nous donner quelques artistes que tu admires, à part Kaws ? 

Dieter Rams est incroyable. C’est un designer industriel des années 50, il est à l’origine d’une bonne partie du design industriel que nous connaissons aujourd’hui. Steve Jobs l’admirait beaucoup, on retrouve son influence dans l’iPod notamment, entre autres produits Apple. J’aime aussi beaucoup Christoph Niemann. Je l’ai découvert dans la série Abstract sur Netflix. Il tient cette série « Abstract Sunday » sur Instagram, c’est super cool. J’adore McBess, aussi. Il y en a tellement… 

La première chose que tu fais en te levant ? 

Un café avec le chat, les infos… Ce n’est pas juste de me demander ma routine pendant une pandémie, vous savez déjà à quoi elle ressemble. Dans le monde d’avant, j’emmenais ma copine au travail, puis je rentrais à la maison essayer de trouver un équilibre entre mon travail en free et les projets personnels, les amis et la famille. Rien de fou. 

Quarantine life, par Burnt Toast

 

Où est-ce que tu vis et travailles ? 

À Hamilton, à côté de Toronto. C’est une ville post-industrielle, un endroit bizarre. L’inspiration ne manque pas ici, il y a une bonne scène artistique. Des bandes de gamins dans les rues. Mais j’ai l’impression qu’il y a un plafond assez bas, je vais partir bientôt. Je vis dans une maison victorienne du début du siècle que j’aime beaucoup. Il faudrait juste qu’elle puisse se déplacer avec moi. Je travaille de chez moi, et je m’installe le plus loin possible de ma chambre pour avoir l’impression d’avoir un trajet. Mais à terme, je voudrais que Burnt Toast devienne un studio digne de ce nom. Avoir un local, et peut-être un ou deux employés. 

 

Qu’est-ce que tu vois par la fenêtre ? 

On a eu notre première neige aujourd’hui. C’est vraiment très blanc, on dirait une photo surexposée. 

 

Il y a des instruments, derrière toi. Tu joues de la musique ? 

Oui, un peu. Enfin, pas sérieusement. Mais j’adore le piano. Il y a une guitare là-derrière aussi, mais c’est celle de mon frère. J’ai un frère jumeau, je t’ai dit ? C’est mon meilleur ami. 

Twin Brothers, par Burnt Toast

Tu utilises des techniques de productivité dans ton travail ? 

Du café, un peu d’herbe… Je fais pousser ma propre herbe. Pas trop tôt dans la journée cela dit. La discipline, c’est compliqué pour tous les frees. Je dirais que mon truc, c’est de me débarrasser des trucs chiants en premier. On m’a parlé de la règle des 20 minutes. En travaillant à fond sur quelque chose pendant 20 minutes, tu accomplis suffisamment pour te dire que la tâche est réalisable, et ça te motive à continuer. J’ai déjà essayé, ça marche, mais chaque jour est différent. Je galère avec la productivité comme tout le monde. Surtout en ce moment.

On a le sentiment qu’on doit être plus productifs parce qu’on a tout ce temps en plus, mais d’un autre côté le ciel nous tombe sur la tête et ça nous terrifie. 

Et les réseaux sociaux ? Ça t’arrive aussi de t’y perdre, ou bien c’est une chose à laquelle tu fais plutôt attention ?

Je suis pas un alien. Je me moque de moi-même dans ces dessins, je suis accro comme tout le monde. J’aime bien quand un post reçoit plein de likes. J’ai travaillé pour Facebook, donc je suis bien au courant de tout l’engagement caché qu’ils mesurent et qu’on donne sans s’en rendre compte. Si tu zoomes sur une image, ou si tu la regardes un peu plus longtemps que d’habitude… Ils le savent.  Et puis ils t’envoient des trucs comme « Oh, machin n’a rien posté depuis un moment »; ils vont jusqu’à te donner le shoot d’endorphine d’une notification alors qu’il ne s’est rien passé du tout. 

Happy, par Burnt Toast

Un artiste ou un projet qui t’inspire ? 

Kaws, c’est celui qui m’inspire le plus. C’était un street-artist, et aujourd’hui il est une marque géante à lui tout seul. L’ampleur que ça a pris, les choses qu’il a faites, c’est énorme. 

 

Un design ou un produit prometteur ? 

La réalité augmentée a un potentiel énorme qui ne s’est pas encore dévoilé au monde, ou alors je suis trop vieux pour le voir. Je sais qu’elle s’est beaucoup développée dans le gaming, mais bientôt elle fera bien plus partie de notre quotidien. Les rues n’auront plus besoin de signalisation, on verra simplement les panneaux directement sur les routes et les bâtiments à travers nos lunettes et ce genre de trucs bizarres. J’ai hâte.

 

Une technologie ou innovation magique ? 

L’intelligence artificielle et tout ça. Mais c’est une toute autre conversation.

 


Burnt Toast est un illustrateur canadien représenté par Creasenso.

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Fontes variables, gadget ou révolution ? https://www.creasenso.com/static/wp/fontes-variables-gadget-ou-revolution/ Mon, 21 Jun 2021 15:22:05 +0000 https://www.creasenso.com/static/wp/?p=2685 Retour sur la plus renversante des curiosités typographiques, 5 ans après son entrée dans l’OpenType

Une bouffée d’air frais dans le petit monde de la typographie, au croisement entre créativité et technologie : ce sont les fontes variables, entendez légères et modulables à souhait ! Avec ce format, on personnalise sa fonte dans les moindres détails en naviguant le long d’axes contenant un éventail de nuances de graisses, de chasses et encore bien d’autres données qui vont plus loin que les styles prédéfinis d’une famille de polices standard. Un vent de liberté qui a fait naître de beaux élans créatifs chez les dessinateurs de caractères et qui ouvre de nouvelles perspectives aux créatifs qui les utilisent. Si vous êtes passé à côté, rien de plus parlant pour présenter les fontes variables que cette démo de la fonte variable Orelo, conçue par Adrien Midzic, typographe (et fier concepteur de notre police Senso).

Orelo, par Adrien Midzic

Où se cachent les fontes variables ?

Des débuts timides mais prometteurs

Annoncées en 2016 par Adobe, Apple, Microsoft et Google qui ont œuvré de concert (vous avez bien lu) pour les implémenter dans l’Open Type, elles se frayent un chemin plutôt discret depuis. À ce jour, les fontes variables sont prises en charge par InDesign, Illustrator, Photoshop et Sketch, ainsi que par les principaux systèmes d’exploitation et navigateurs web (hormis Internet Explorer, bien-sûr). Mais elles font malheureusement encore défaut à Figma, XD et surtout à AfterEffects (dont la communauté attend l’intégration de pied ferme, au point de créer des scripts comme TypeMorph qui répliquent les caractéristiques de fontes variables pour animer des typos avec des axes de morphing). Loin d’être encore bien répandues, les fontes variables n’en sont pas non plus à leur coup essai. On a des raisons de penser que les fontes variables OpenType ne pâtiront pas des obstacles de compatibilité des tentatives précédentes, et que leur prise en charge par un nombre grandissant d’applications logicielles conduira à davantage de confiance et d’expérimentation.  

https://v-fonts.com/support répertorie une liste évolutive des applications, systèmes d’exploitation, navigateurs et logiciels supportant les fontes variables. 

Pour la beauté du geste

C’est surtout le côté amusant des fontes variables qui ressort des applications qu’on leur connaît jusqu’à présent. À l’image de la Darkroom mise au point par la fonderie Dinamo, sorte de labo virtuel de la fonte variable, avec lequel les créateurs de caractères modernes peuvent visualiser à quoi ressemblerait leur projet en testant les qualités techniques de leurs fontes. En effet, même si la plupart des fontes variables répondent à une exigence artistique, nombre d’entre elles sont le fruit d’un défi technologique relevé par leur créateurs.

Il faut dire que la typo variable offre des possibilités réjouissantes de micro-interactivité et d’animation, comme sur le portfolio de Jameen Tarlier, Directeur de Création représenté par Creasenso, où le mouvement de la souris déclenche un changement de graisse. On retrouve le même effet sur le site vitrine de Cann, boissons toniques infusées au THC, conçu par Martin Silvestre, Directeur Artistique Web également représenté par Creasenso. 

Fontes variables et branding

C’est à la condition de leur offrir une place centrale dans un territoire de marque que l’on peut pleinement exploiter les potentialités des fontes variables. Adidas l’a bien compris en devenant l’une des premières marques à mettre une police variable au cœur de son système graphique avec Adineue Chop, déployée à l’international, principalement en boutique et dans quelques opérations digitales, mais également en print (Et ça c’est bien !). Conçue en 2018 par Jeremy Mickel et Leon Imas, elle allie lignes droites et angles nets qui rappellent le lettrage des maillots de sport. Comme son nom l’indique, Adineue Chop a des angles assez doux pour une police de style Varsity. Son principe : Refléter le pragmatisme allemand, mais avec une pointe de chaleur pour rappeler la douceur du logotype Adidas Originals. 

 

Adineue Chop, par Jeremy Mickel et Leon Imas

 

À ce jour, le recours aux fontes variables en branding le plus marquant reste la brillante refonte de marque de l’orchestre symphonique de San Francisco, qui a travaillé avec Dinamo (Johannes Breyer, Elias Hanzer et Robert Janes) et l’agence Collins pour repositionner cette institution de la musique classique. Au cœur du rebranding, la fonte variable ABC Symphony, qui est une version retravaillée d’Arizona. Au repos, cette typo reste en apparence traditionnelle, en écho à l’héritage classique de la musique symphonique, mais quand ses glyphes s’étirent, s’inclinent ou se plient en réaction à la musique, ils forment un tumulte surprenant qui rappelle l’élévation d’une voix qui chante ou l’effervescence d’une symphonie, dévoilant ainsi toute sa modernité. On retrouve ABC Symphony en action sur le Symphosizer, plateforme sur laquelle on peut s’amuser avec du texte qui réagit au son.

 

ABC Symphony, par Johannes Breyer, Elias Hanzer et Robert Janes

 

Comment ça marche ?

Les fontes variables fonctionnent selon un système d’axe de variation afin d’agir sur un aspect donné de la police, comme par exemple la graisse ou la chasse. Les 5 axes les plus courants sont la graisse, la chasse, la taille optique, l’italique et l’inclinaison. Ces axes sont standardisés dans la spécification OpenType et possèdent donc un attribut CSS correspondant. Les concepteurs peuvent néanmoins définir, pour leur fonte variable, des axes personnalisés supplémentaires. Ils peuvent par exemple choisir de faire varier la hauteur des ascendantes ou descendantes, l’épaisseur des empattements ou encore le contraste entre pleins et déliés… 

Le projet de fonte variable Fraunces, dont le style s’inspire des polices du début du XXème siècle comme Windsor ou Souvenir, est un exemple parlant d’axes personnalisés. Au-delà des axes enregistrés de graisse et de taille optique, cette fonte variable comporte deux axes personnalisés supplémentaires dénommés ‘Softness’ (douceur) et ‘Wonky’ (irrégularité). 

 

Fraunces

 

La fonte variable ABC Arizona, développée par la fonderie Dinamo (Elias Hanzer), est un bel exemple de “superfamille” variable à cinq styles : Sans, Flare, Mix, Text et Serif, tous contenus dans le même fichier. En plus de deux axes enregistrés de graisse et d’italique, ABC Arizona a un axe personnalisé ‘Serif’, avec lequel on peut expérimenter toutes les nuances entre sans et serif. En naviguant entre ses styles et en modulant ses axes, on obtient des résultats très différents. 

ABC Arizona, par Elias Hanzer

Une police à plusieurs axes n’est pas forcément complexe pour autant : un axe n’affecte pas nécessairement tous les glyphes d’une police, ni ne représente un large éventail de variations. Le comportement des transitions peut être défini le long d’un axe pour qu’elles soient graduelles ou soudaines. L’axe fonctionne ainsi comme une bascule entre les variations, ou bien une série de changements discrets sans variations intermédiaires. Par exemple, pour la longueur de la queue d’un Q majuscule il est possible de gérer suivant 2 plages différentes sur un même axe pour corriger son dessin selon l’épaisseur de la graisse.

 

ModelStandard, par Adrien Midzic

 

Des fontes variables, pour quoi faire ?

D’après Microsoft, « OpenType Font Variations permet aux designers web et développeurs d’applications mobile de créer des expériences typographiques fortes avec très peu de débit et des dossiers typographiques légers ».

Au-delà de la créativité, les gains de performances sont souvent avancés comme argument faveur des fontes variables. Effectivement, contrairement aux familles de fontes classiques, dont les différentes graisses, chasses et italiques peuvent représenter jusqu’à une centaine de fichiers, les déclinaisons d’une police variable sont toutes réunies dans un seul et même fichier, plus lourd que celui d’une fonte classique mais bien inférieur au poids d’une famille de fontes. C’est une économie de données à charger appréciable, qui réduit le temps d’affichage à l’écran.

Par exemple, sur le texte de cette page, on utilise Orelo Variable qui pèse 246 ko, au lieu de la famille complète Orelo (100 fichiers qui représentent un poids total de 4500 ko !).

Ce système est aussi l’occasion de faire un ménage de printemps dans son environnement de travail. Se référer à un fichier unique évite de stocker plusieurs sous-fichiers de polices et de faire le tri entre les différentes déclinaisons. Dans la famille OpenSans, je voudrais l’ExtraBold 800 Italic… Avec ce nouveau système, plus de Helvetica Rounded Bold Condensed Oblique. La nomenclature à rallonge est reléguée au rang de coordonnées obtenues en jouant avec les axes de variation. 

Mais tout cela n’est intéressant que si on utilise un grand nombre de fontes, or il est d’usage de limiter les mises en page à 3, voire 5 polices différentes pour éviter la fracture de l’œil. Quel intérêt dès lors ? Au-delà d’un éventuel gain de performances, l’intérêt des fontes variables est avant tout conceptuel. Avec ce nouveau système, les créateurs de caractères sont libres d’être plus inventifs dans l’élaboration de fontes. Les utilisateurs de ces fontes peuvent, quant à eux, en manier les styles avec beaucoup plus de précision. Les polices statiques présentent certes de nombreux styles parmi lesquels piocher, mais les fontes variables permettent, à portée de curseur, d’ajuster très précisément les caractéristiques pour obtenir une version plus audacieuse ou légèrement modifiée d’un caractère. 

 

Pour la petite histoire…

L’idée des fontes variables ne date pas d’hier. En 1957, Frutiger créait déjà Univers, famille typographique aux multiples variantes. Quelques initiatives avaient été mises en place pour affiner l’utilisation numérique des fontes dans les années 90, notamment la création de formats de polices adaptables au changement de taille comme les fontes Multiple Master d’Adobe, qui introduisaient l’interpolation de styles, rapidement concurrencées par le format TrueType GX d’Apple. Mais développées individuellement par des acteurs concurrents, différentes technologies d’interpolation de polices s’affrontaient dans une véritable guerre des formats. Aujourd’hui, les fontes variables sont le fruit d’un effort collectif visant à définir, non seulement une norme commune, mais aussi des implémentations interopérables : Adobe, Apple, Google et Microsoft annoncent conjointement l’introduction des fontes variables (sous le nom d’Open Type Font Variations) dans la version 1.8 de la spécification OpenType. La standardisation d’une telle fonctionnalité dans OpenType a ouvert la voie à sa prise en charge par de plus nombreuses applications, notamment avec l’apparition des premiers logiciels supportant la création de fontes variables dès 2018  (Glyphsapp pour Mac et Fontlab pour Microsoft/Mac). 

 

Univers, 21 Variantes. Adrian Frutiger, 1957.

 

Alors, gadget passager ou prémices d’une révolution ?

Nous constatons, avec un certain plaisir, que la typographie prend une place grandissante dans le design graphique depuis quelques années. Dès lors, on peut s’attendre à ce que les fontes variables confirment cette tendance en ouvrant des perspectives créatives nouvelles.

Les fontes variables commencent doucement à faire quelques apparitions en dehors des portfolios des accros à la typo, mais leur utilisation par les marques reste malheureusement très anecdotique et se limite généralement à de trop rares logos ou à quelques créations interactives.

En réalité, c’est surtout en animation et en interactivité que les fontes variables ont des perspectives démentielles. On attend avec impatience qu’elles soient intégrées nativement dans Figma et After Effects pour voir les créatifs s’en emparer pleinement, et qu’elles deviennent un vrai vecteur d’interactions immersives. Liées à des données réelles, une fonte variable pourrait s’adapter à l’éclairage d’une pièce, au bruit, à la température, à la météo, aux statistiques et bien plus encore. L’avenir reste à écrire !

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Helvetica Now or never ! https://www.creasenso.com/static/wp/helvetica-now-redessinee-pour-les-besoins-du-xxieme-siecle/ Fri, 05 Mar 2021 11:25:43 +0000 https://www.creasenso.com/static/wp/?p=2290 Pour la première fois en 35 ans, Monotype a révisé la police de caractères la plus utilisée au monde

On ne présente plus Helvetica. Monument typographique en usage depuis 60 ans, acclamée pour sa neutralité, cette typo qui se fait discrète au profit de son propos avait été pensée en 1957 pour la signalétique. Basée sur l’Akzidenz-Grotesk, typographie linéale de 1896, ses créateurs se sont attachés à en faire la plus ordonnée des polices : régularité des caractères, grande symétrie et constance des épaisseurs. 

25 ans plus tard, Helvetica est repensée pour les écrans et devient Helvetica Neue, sa version la plus universelle, utilisée dans le monde entier dans de très nombreuses applications allant des logos les plus célèbres à l’identité visuelle de gouvernements ou encore à la signalétique des transports en commun. 

 

Lors de son passage au numérique, les tailles optiques d’Helvetica ont néanmoins perdu en précision, et les variantes de certains caractères prévues dans sa première version ont été délaissées. Aussi robuste soit-elle, Helvetica Neue est un produit de son époque, celle des imprimantes laser basse résolution, et il lui manquait la grâce et la finesse des itérations qui la précédaient. Elle était notamment mise à rude épreuve en micro-typographie : en raison de sa compacité et de l’étroitesse de ses ouvertures, elle était difficilement lisible en dessous de 8 points. 

Helvetica Neue est sans cesse bousculée, taillée, contournée par les designers, habitués à jouer avec l’espacement et le crénage, modifier la position et la taille de la ponctuation et tailler des morceaux ici et là pour aboutir à des compositions satisfaisantes. Google, Apple, Netflix ou IBM, qui l’employaient, ont fini par développer en interne des polices ressemblantes pour une plus grande polyvalence. 

 

 

Monotype, qui détient les droits d’Helvetica, a étudié les façons dont elle avait été utilisée ces 35 dernières années pour la réviser en profondeur, en mettant l’accent sur l’optimisation pour les petites tailles. L’agence a consacré 5 ans de recherche pour remanier chaque caractère et aboutir à Helvetica Now, qui conserve la simplicité et la clarté intemporelles de sa version antérieure tout en retrouvant l’élégance de la toute première Helvetica. La refonte comprend 3 tailles optiques : Micro, Display et Text, et présente des améliorations au niveau des formes, des espacements et des fonctions. 

 

Les 3 tailles optiques d’Helvetica Now : Text, Micro et Display. 

 

Helvetica Now Micro comble les lacunes en micro-typographie avec des ouvertures plus grandes, un espacement plus ouvert, des caractères plus larges, des accents plus grands, une hauteur d’x augmentée et des ajustements optiques pour les caractères complexes comme le « £ » et le « @ ». Helvetica Now Display comporte une gamme de graisses plus large et des glyphes plus raffinés. Et entre Micro et Display se trouve Helvetica Now Text. Avec un espacement et un crénage soigneusement étudiés, Helvetica Now Text est un véritable plaisir à la lecture, désormais adapté à des environnements ultra riches en informations. Chaque lettre, chiffre et symbole du jeu de caractères a été révisé pour en améliorer la lisibilité. Chaque graisse et taille optique a été enrichie d’une série de nouveaux glyphes spéciaux, notamment une suite complète de flèches, ainsi que des glyphes clés comme le a rond. 

 

Certains des caractères alternatifs réintroduits dans Helvetica Now. 

 

Avec un impressionnant total de 40 000 caractères créés ou refondus, Helvetica Now s’enrichit d’une palette de nuances adaptée aux besoins de son temps. Cette nouvelle version retrouve l’essence de la première Helvetica, amoindrie par son virage au numérique, tout en étant capable d’assumer n’importe quelle application. C’est la police de caractères que Max Miedinger et Eduard Hoffmann auraient conçue en 1957 s’ils avaient connu l’impression offset, les petits écrans, les navigateurs, les outils de conception numérique et le design d’interfaces. Fonctionnant aussi bien dans le slogan d’une affiche publicitaire de 50 mètres de haut comme en microtypes ultra-lisibles sur une application aux multiples niveaux d’information, sur tout type d’écran haute résolution, la police utilisée par tout le monde peut désormais tout faire. 

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Errratum https://www.creasenso.com/static/wp/erratum/ Wed, 10 Feb 2021 08:41:56 +0000 https://www.creasenso.com/static/wp/?p=2164 Un journal entièrement gratuit et indépendant pour promouvoir les jeunes talents

Errratum est tiré trimestriellement à 2500 exemplaires depuis 2013. Au format A3 couleur, il s’est un peu épaissi au fil des années sans rien perdre de sa sobriété : élégamment dépourvu de publicité comme de texte, son unique propos est celui de diffuser une sélection exigeante d’illustrateurs contemporains auprès d’un public le plus large possible.

Erratum est distribué en France, mais aussi en Allemagne, au Japon et aux États-Unis, dans des lieux culturels alternatifs qui varient au fil des éditions pour assurer le renouvellement de son audience. Le journal est notamment distribué à la librairie La Régulière. Errratum a aussi publié son premier livre de 320 pages au format A6, qui comprend les illustrations des numéros 1 à 20.

 


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